PJ HARVEY – Dry
Sorti le 30 mars 1992,
chez Too Pure Records.
C’est entendu, PJ Harvey a une discographie de folie, l’une des plus riches de l’histoire du rock. Mais sa toute première pièce, quand même, quel morceau ! A l’époque, elle est loin de se douter qu’elle deviendra une icône. Elle n’est pas encore la femme fatale en robe rouge de To Bring You My Love. Elle ne s’est pas réinventée vingt fois. Elle est la Polly Jean originale, la sauvageonne, la furieuse à guitare toute à sa place à l’époque sale, bruyante et dépressive de l’après-Nirvana.
Proposée par le trio qui porte son nom (les autres membres sont Steve Vaughan à la basse et Rob Ellis à la batterie), sa musique est à fleur de peau. C’est bruyant. C’est tendu et inconfortable, même sur « Plants And Rags », le moment acoustique (et violonnant) de l’album. Entre le bourbeux du blues et le mordant du punk, ce son dénote peu au début des années 90. Mais ses paroles, si.
A vingt-deux ans, la jeune PJ Harvey reprend aux hommes le droit de parler de la sexualité des femmes. Persuadée que l’enregistrement de cet album sera une chance unique, la chanteuse de Yeovil, dans le Dorset, se donne entièrement. Elle s’expose. Elle se dénude crûment, sans sex appeal, comme à l’arrière de la pochette (ou sur la version démo de l’album, sortie ultérieurement).
Cela commence avec « Oh My Lover », un cri d’amour animal. Portée par un appétit sexuel désespéré, la chanteuse y donne le droit à son amant de voir une autre femme, tant qu’elle le possède encore. C’est le même désir qui lui fait porter une robe inconfortable d’après « Dress », son premier single, avant d’être rejetée par la goujaterie des hommes. C’est encore cette faim qui lui fait exposer son corps sur l’autre single de l’album, « Sheela-Na-Gig », nommé d’après cette divinité celtique qui exhibe une vulve hypertrophiée. Les derniers titres s’appellent « Fountain » et « Water », et l’eau de cette apothéose est autant celle du plaisir que celle de la purification.
Tout au long de Dry, PJ Harvey révèle les envies charnelles féminines qu’ont voulu refouler ou leur dénier les hommes. Rarement le sexe a été aussi intime, du point de vue de la femme, que sur cet album qui exalte les Sheela-Na-Gig et les figures féminines de la Bible, Dalila sur « Hair », et Marie à plusieurs reprises. Plus radical encore, « Happy & Bleeding » célèbre des menstrues heureuses. Et encore manque-t-il le titre le plus extrême, celui qui intitule l’album, ce « Dry » qui parlera très âprement d’une relation charnelle marquée par l’absence de désir et par la sécheresse vaginale.
Ce morceau, on le retrouvera sur son successeur, ce Rid Of Me qui, produit par Steve Albini, ouvrira à PJ Harvey les portes de la consécration critique aux Etats-Unis. Ce second essai ne sera néanmoins qu’une réplique de Dry. Lequel confirme que les premiers albums sont bien souvent les plus intenses, car portés par l’urgence, par la spontanéité et par une féroce envie de dire.