COMPANY FLOW – Little Johnny From The Hospitul
Sorti le 15 juin 1999,
chez Rawkus Records.
Une chose est sûre : le successeur d’un Funcrusher Plus déjà mythique ne va pas remettre pas en cause le statut d’icône underground de Company Flow. Mais il pourrait l’ébranler. D’autant plus, alors que le trio n’a plus qu’à continuer sur sa lancée pour imposer son rap sans concession à un public indé en plein développement, qu’il choisit de nous revenir avec un album encore plus sombre, barré et difficile d’accès que le précédent, et qui plus est totalement instrumental. Plus que jamais « Independent as fuck », Co-Flow ne prend décidément pas la voie de la facilité.
En renonçant à la parole, Company Flow n’a-t-il donc pas fait de nécessité vertu, trouvant un expédient pour parer au départ récent de son meilleur rappeur, Bigg Jus ? El-P, le producteur, et Mr Len, le DJ, ne cherchent-ils pas, par cette option 100% instrumentale, à masquer un manque d’inspiration ? Et tout ce concept autour de Little Johnny, personnage imaginaire censé représenter l’état de délabrement supposé des Etats-Unis, n’est-il donc pas qu’un cache-misère ?
Ces questions lancées par certains, refroidis par le format extrême de cet album (El-P et Mr. Len ne l’ont sorti en format CD qu’en Europe, certains qu’il y serait mieux reçu qu’aux conservateurs Etats-Unis), sont pourtant infondées. Au bout du compte, Co-Flow persévère avec les ambiances sombres et inquiétantes qui caractéristiques du groupe. Il continue à raconter des histoires, par bribes et samples interposés, comme avec ce « Suzy Pulled A Pistol On Henry », une relecture du « Millie Pulled A Pistol On Santa » de De La Soul, qui nous compte la vengeance d’une victime sur un pédophile. Il y a même une reprise de « The Fire In Which You Burn » sur « Indelible Hybrid ».
Cependant, leur son a évolué pour de bon. Little Johnny est plus obtus que jamais, malgré les quasi-tubes que sont « Friends Vs. Friends », « Bee Aware », « Worker Ant Uprise », « Happy Happy Joy Kill » et ce génial « Gigapet Epiphany » au son de Transformer. Et il ne ressemble pas un instant aux formes usuelles du hip-hop instrumental, en 1999 : compositions grand écran à la DJ Shadow, délires virtuoses des turntablists ou langueur mélancolique du trip-hop anglais.
La facilité du duo à mettre en scène ses nombreuses trouvailles sonores rappelle les expériences des adeptes d’electronica les plus dérangés. Mais cela reste du rap, et les sons rugueux de guitares évoquent par moment le rock, dans sa version indus. Tout cela, en fait, confirme que Company Flow est bel et bien, en 1999, le groupe ouvert et aventureux qu’il manquait au rap.