ISHA – La vie augmente vol. 3

ISHA – La vie augmente vol. 3

Sorti le 7 février 2020,
chez A.R.E Music et Parlophone.

A l’heure de clore sa trilogie La vie augmente, Isha ne change pas d’approche. Il affiche un gros plan sur lui-même. Il dévoile ses états d’âmes, comme sur le très pop et néanmoins pessimiste « Bad Boy », où il parle de sa désillusion envers l’amour. Cependant, sur ce troisième volume, il se fait également plus rude et plus bileux. A l’instar de la pochette, passée du joli sourire du premier album à cette mâchoire sertie de dents carnassières, il exhibe par instants la face la plus agressive de sa personnalité tourmentée. Alors que sur le premier volet, le rappeur disait que malgré :

Quelques tics de bandit,
Des mimiques de voyou (…)
L’esprit (était) gentil.

… il inverse le propos, sur « Idole » :

J’ai l’air gentil,
Mais au fond de moi
Je suis un bad boy très sensible.

L’alter ego méchant d’Isha reprend le dessus. Dès le début, sur une instru bancale (« Durag »), il s’en prend aux journalistes sans culture (« Avant qu’on devienne à la mode, t’écoutais Tokio Hotel ») ou aux critiques improvisés sur Internet. Plus tard, sur « Boulot », c’est aux rappeurs qu’il s’attaque. Isha rappelle qu’il existe une différence entre « eux » et « nous ». Il fait ce que les gens, ses zélateurs tout comme ses détracteurs, ont souvent attendu du rap francophone : il représente la cité, la délinquance et les gosses d’immigrés, ceux notamment de sa RDC d’origine. C’est d’un milieu familial à part dont il parle sur « Tradition », d’apprentis criminels élevés à la dure sur le joli « Magma ». Sur « Chaud devant », il clame sa fidélité à cet univers qu’il cherche pourtant à fuir. Sur « Baobab », il rappelle qu’il est d’en-bas, et que sa mère vient d’Afrique. Et sur « Durag », il s’approprie le couvre-chef du même nom, celui porté par les voyous et les anciens esclaves.

Isha n’est pas un modèle, et il vient d’un autre monde, rappelle-t-il sur « Idole », avec Dinos :

Fais pas comme nous,
Nous prends pas pour idoles,
Longue vie à toi,
Nous on va mourir jeunes.

Ce discours à propos d’une population conditionnée par son milieu, bien d’autres l’ont tenu avant Isha. Mais lui le renouvelle, comme sur le titre le plus mémorable de ce troisième La vie augmente, « Les magiciens ». Ce dernier traite d’un thème ressassé, la colonisation. Cependant, Isha l’aborde de façon inédite, du point de vue des populations asservies. Dans un mélange d’émerveillement, d’effroi et de soif de vengeance, les Africains relatent l’arrivée des Européens sur le mode du conte (« le feu est sorti de leur bateau », « ils ont laissé le livre magique ») pour parler d’horreurs comme les viols, les pillages, les châtiments corporels, la traître négrière et les conversions forcées.

Pour parler de ce sujet grave, Isha use d’une jolie mélodie. Cela est représentatif des effets de contraste qu’il emploie tout au long de l’album, de cette oscillation entre un rap pur et dur, et des chants que ne renieraient pas la variété française, de contradictions que l’on entend par exemple dans « Coco », qui dénonce et qui célèbre tout à la fois la cocaïne. Au fond, on ne sait jamais si Isha est un méchant ou un gentil, un coupable ou une victime, un gangster ou un rappeur fragile. Lui-même peine à se décider comme à ce moment où, au beau milieu de « Boulot », il change complètement de paroles et d’instru, et embraye sur le beaucoup plus âpre « Baobab ».

Mi-violent, mi-pacifique,
Du chagrin et du mépris,
Un code pénal, un fusil à pompe :
Je suis Martin Luther X.

… résume-t-il sur « Décorer les murs », sur le beau piano de Sofiane Pamart. Isha est complexe, Isha est subtil, Isha ne se laisse pas caricaturer. Cela aura fait toute la saveur de sa trilogie.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *