ROOSEVELT THARPA – Elaborate Neurotics
Sorti en 2003,
chez Goodnight Musics.
Dans la liste des disques de rap les plus attendus de 2003, Elaborate Neurotics figure chez nous en bonne place. Cet album issu de l’alliance entre les rappeurs canadiens Kunga 219 (alias Tharpa) et Tachichi (Roosevelt), épaulés aux beats par DJ Gordski, est en effet le premier à sortir sur le label Goodnight Musics depuis son alléchante compilation de l’an dernier (Goodnight Musics Presents). Surtout, il est le premier effort long format de Kunga depuis les derniers albums des Goods et Tharpa’s Transcripts, l’un des meilleurs et des plus étonnants disques sortis en 2000.
Sur cet album déjà vieux de trois ans, Kunga s’écartait du schéma plutôt académique des Goods. Elaborate Neurotics, toutefois, ne persévère pas dans cette voie. Entouré par ses deux autres compères, le rappeur met en sourdine ses aspirations propres et il revient à une formule rap balisée. Tout au long de l’album, Kunga et Tachichi rappent sur un mode linéaire, ils étalent leurs historiettes et quelques allusions au basket (la marotte de Kunga 219), sur des boucles tout ce qu’il y a de répétitives et un brin de scratches, avec quelques featurings (un Buck 65 décevant sur « Tortured Souls »), et même des vocalises R&B et du beatboxing (« Elaborate Neurotics »).
Tant qu’il ne s’encombre pas de grosses ficelles, le classicisme rap n’est pas une tare, loin de là, et quelques titres sur Elaborate Neurotics sont assez réussis (« Designated Hitters II », « Roosevelt Tharpa », « Hyperfresh », « Roosevelt Tharpa » et « Musical Monstrosities »). Mais la plupart des autres s’avèrent à la longue fades et transparents. De fait, le seul morceau exceptionnel de l’album est le dernier, « Global Comfort », l’alliance parfaite d’une basse, d’une légère voix féminine, d’un final scratché et d’un flow plus audacieux de la part de Tachichi. Ce titre seul rappelle les moments les plus exaltants dont The Goods et Kunga 219 ont été capables. Pour espérer retrouver ce niveau sur la longueur totale d’un album, plutôt que de se farcir au préalable des kilomètres d’un rap tout juste bien foutu, il faudra donc, sans doute, attendre la suite des aventures solo de Tharpa.