DJ SCREW – 3 ‘N The Mornin’ Part Two
Sorti le 27 août 1996,
chez Bigtyme Recordz.
Médicaments sucrés, souvent prescrits aux enfants, les sirops pour la toux ont une image rassurante. Aux Etats-Unis, cependant, beaucoup contiennent des opiacés, codéine en tête, qui provoquent engourdissement et endormissement, et peuvent être consommés à la manière de puissantes drogues. Il n’est bien sûr pas conseillé d’essayer. D’autres, de toutes façons, l’ont fait à notre place, et nous ont livrés une transcription musicale de ses effets. Ces autres, ce sont les DJs de Houston adeptes des remixes chopped & screwed, lancés dans les années 90 par DJ Screw.
Le principe est le suivant : prendre des titres de rap, les ralentir à l’extrême pour que domine une impression de paresse et de langueur, rendre les voix graves et caverneuses (« screwed »), et quelquefois doubler les passages d’un même morceau, en répéter de petites sections avec un léger décalage (« chopped »). Ce style, inspiré par une consommation déraisonnable de sirop, mélangé avec du soda et ingurgité de préférence en voiture, Robert Earl Davis, alias DJ Screw, le décline alors sur des dizaines de mixtapes, distribuées de manière artisanale à Houston.
Sa production est si prolifique qu’elle est difficile à trier. Les deux 3 ‘N The Mornin‘, toutefois, sont souvent cités comme ses travaux les plus emblématiques, et plus particulièrement le second, celui où il troque les titres de stars de la West Coast (Dr. Dre, Spice 1, Too $hort, Ice Cube, Compton’s Most Wanted…) pour ceux d’artistes locaux (Big Moe, E.S.G., Lil’ Keke, Botany Boys, son propre frère Al-D…), tous membres de sa Screwed Up Click. De ce fait, ce mix sonne plus typique que l’autre. C’est avec celui-ci que ce rap pour gangsters fatigués prend sa pleine mesure, que l’on goûte le mieux au contraste entre ses paroles brutales et son ambiance nimbée et lymphatique.
Avant DJ Screw, Houston a déjà sa propre scène, avec le gangsta rap des Geto Boys et de Ganksta N-I-P. Mais avec lui, la ville se dote d’un son propre, révélé au grand jour dans les années 2000, quand chaque disque de rap sudiste sera suivi de son remix chopped & screwed. Mais ce sont d’autres gens qui bénéficieront de cet engouement, comme Michael « 5000 » Watts, des quartiers rivaux du Nord. DJ Screw, qui s’est toujours contenté d’enregistrer des mixtapes sympa pour ses amis, ne verra rien de sa postérité. Il décèdera en 2000. D’une surdose de codéine, évidemment.