RZA – The World According To RZA
Sorti le 15 juillet 2003,
chez Virgin Records et EMI Records.
RZA ne sait plus quoi inventer. En lieu et place de The Cure, un album solo ultime qui n’a jamais existé ailleurs que dans ses effets d’annonce, le producteur du Wu-Tang profite de la liberté que lui offre son statut de star : il s’amuse à tout et à n’importe quoi. Cela a d’abord été le jovial Bobby Digital, un disque façon B.O. blaxploitation, bientôt suivi d’une suite et du film lui-même. Et c’est maintenant ce projet international qui implique des rappeurs venus de la Terre entière. Enfin, de la Terre… De l’Europe en tout cas (ce qui, vu d’Amérique, fait peu de différence), avec tout juste une poignée d’invités d’origines plus exotiques, turque, sénégalaise, érythréenne et camerounaise.
Au crédit du RZA, le fait de s’être aperçu qu’il existait d’autres pays que le sien, et d’avoir imaginé qu’il s’y passait des choses dignes d’être révélées au grand jour. L’effort, malheureusement, s’arrête là. Il ne faut pas tout de même pas s’imaginer le producteur jouer au prospecteur et perdre son temps à fouiller avec passion les scènes de contrées lointaines. Non, le RZA ne s’est pas foulé. Il a ciblé quatre ou cinq pays et, sans doute conseillé par les antennes locales de sa maison de disque, s’est acoquiné avec les représentants les plus notoires des scènes hip-hop concernées.
En France, les chanceux qui ont l’honneur de se cacher derrière cette abominable pochette style “Mandarom flamboyant”, sont ni plus ni moins que les vétérans un peu fatigués d’IAM, les pénibles Strasbourgeois de NAP, Bams, Passi et le Saïan Supa Crew, ces infatigables hérauts du rap chapi-chapo. Et pour faire bonne mesure, les rappeurs dénichés dans les autres pays sont strictement du même tonneau. Avec un peu de malchance, peut-être avez-vous déjà entendu Xavier Naidoo ?
Voilà, tout est dit ou presque. Presque, parce qu’il est toujours permis d’espérer que les beats du RZA transcendent les prestations de ces rappeurs. Mais nous ne sommes plus ni en 1993, ni en 1995, ni même en 1997. Et là aussi c’est peine perdue. Les sons oscillent entre, au pire, un rap convenu où plus rien ne subsiste du Wu-Tang Clan (au moins, les fans de rap français ne seront pas dépaysés) et, au mieux, quelques meubles vermoulus réchappés en catastrophe des ruines des trente-six chambres (« Mesmerize » par exemple). Bref, aucun miracle ne sort de cette rencontre entre des rappeurs dans l’ensemble dispensables et un beatmaker en fin de course.
Franchement, si c’est ça le monde selon RZA, moi je m’envole pour Mars.