CIRCUS & FRIENDS – Gangstahz Fo Gawd
Sorti en 2002,
chez Champion Sound.
Plus de six mois que cet album est sorti. Cela fait un bail. Mais c’est bien le temps nécessaire pour digérer ce long disque de Circus, ressortissant éminent des Shape Shifters, la plus inventive et la plus déjantée des confréries hip-hop californiennes. Car Gangstahz Fo Gawd est un gros morceau qui ne se laisse pas avaler d’un coup d’un seul. Jugez plutôt : aussi long que le permet le format CD, l’album est fait tout entier des interminables déclamations de Circus (épaulé ci et là par ses nombreux “friends”) qui, sur des instrus aussi dingues que lui, superpose deux interprétations légèrement distinctes des mêmes paroles. Il ne faut pas grand-chose au rappeur. Un thème lui suffit pour qu’en bon freestyler, il parte avec brio dans un époustouflant délire sans fin.
Tout débute dès « Planet G Spot », où Circus dit avec maints détails son amour pour la Terre :
Neptune was wack, Pluto was mad boring (…)
Planet Earth is my favorite planet on Earth.
Neptune, c’était nul, Pluton, d’un ennui mortel (…)
La planète Terre est ma planète préférée sur Terre.
Et cela se confirme avec le plat de résistance de l’album, un « Gangstahz Fo Gawd » central et gargantuesque réparti sur six plages débordantes d’associations d’idées absurdes sur Dieu, Jésus, les religions (« Jesus Loves the dinosaurs, Jesus was cool, and you’re a fool », ce genre de choses…), le tout sur des sons largement aussi extravagants que les paroles où alternent un thème principal façon big beat et une funkerie remplie de “uh” jamesbrownien. Et encore, tout cela est relativement léger comparé aux titres suivants, à « Alabama X » et à son instru façon beatboxing sous-marin ou surtout à « Da Smash Hit Single Of Tha Millenium », seize minutes trente-sept de rap incessant accompagné d’un seul featuring et d’un beat d’apparence terne et répétitif.
Gangstahz Fo Gawd a de quoi faire fuir et hurler de douleur toute personne qui recherche dans le rap de courtes ritournelles. Il a même de quoi faire décamper bien d’autres gens. Et pourtant le disque de Circus, ses détails stylistiques, ses paroles aux relents d’improvisations loufoques, ne sont rien d’autre que réjouissants. Comme toute nourriture trop riche, Gangstahz Fo Gawd bourre. Il gave, il fait mal à l’estomac. Mais il apporte aussi de quoi se repaître de longs, de très longs mois.
PS : à consulter aussi, la chronique de Jeantu sur ce même album.