MOS DEF & TALIB KWELI – Are Black Star

MOS DEF & TALIB KWELI – Are Black Star

Sorti le 29 septembre 1998,
chez Rawkus Records.

En musique comme ailleurs, tout phénomène important engendre mécaniquement son contraire. A la fin des années 90, aux heures de gloire du rap nouveau riche, d’autres cherchent donc, à l’inverse, à se montrer engagés, responsables, adultes et spirituels. Ils s’emparent de l’afro-centrisme qui a caractérisé autrefois le collectif Native Tongues. C’est d’ailleurs dans l’ombre du fameux collectif que sont apparus ces Mos Def et Talib Kweli qui, après avoir sorti ensemble un album sous le nom de Black Star, deviendront les porte-drapeaux d’un hip-hop dit « conscient ».

We feel that we have a responsibility to shine the light into the darkness.

Nous pensons avoir la responsabilité de projeter la lumière dans l’obscurité.

Voici comment les deux hommes ouvrent ce disque enregistré en commun. D’entrée, ils sont en mission. Ils prennent la posture du prophète, se plaçant sous le parrainage de Marcus Garvey, le Moïse noir, dont le « Black Star » a été un programme de rapatriement des Afro-Américains en Afrique. Le premier objectif de Mos Def et de Talib Kweli, c’est de poursuivre ce projet de libération de l’homme noir, qu’ils jugent mis à mal par les excès du gangsta rap. Ainsi, sur « Astronomy », entreprennent-ils de magnifier le mot même de « black », avant de se lancer avec « Brown-Skin Lady » dans une ode à la femme noire, et de l’inviter à se défaire des canons de beauté européens.

L’autre visée de cette croisade, c’était de dire « non » à la violence, celle-là même qui a emporté 2Pac et Biggie quelques mois plus tôt. Les deux martyrs du rap sont nommés sur le premier single, « Definition », qui s’inspire du « Stop the Violence » de Boogie Down Productions. Faire référence aux anciens du hip-hop, justement, revenir aux fondamentaux du rap, voire jusqu’aux racines jamaïcaines (visez donc la pochette), est un autre dessein du projet Black Star. Quand ce n’est plus KRS-One, c’est Slick Rick qu’on cite, à l’occasion d’une relecture de son « Children’s Story ». Les références de nos compères vont même parfois au-delà du rap, avec ce « Thieves In The Night » jazzy et proprement magnifique, qui s’inspire d’un texte de l’écrivaine noire Toni Morrison.

Avec ses messages et son érudition, l’album de Black Star aurait pu sombrer dans le rap de prêcheur, dans ce hip-hop intello insipide auquel se résumera plus tard une grande partie du rap « conscient ». Toutefois, il échappe presque à ce piège, grâce à sa musique parfois légère et métissée, où se croisent chantonnements, influences reggae, la douce voix de Vinia Mojica et le clavier du jazzman Weldon Irvine. Grâce surtout à deux titres, deux pièces majeures : le « Thieves In The Night » susnommé, et puis « Respiration », un hymne à la ville splendide et raffiné.

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