BLONDE REDHEAD – Misery Is A Butterfly

BLONDE REDHEAD – Misery Is A Butterfly

Sorti le 15 mars 2004,
chez 4AD.

Dans les années 2000, Blonde Redhead évolue. Sans jamais tout à fait s’en couper, ce trio si typique de la bohème culturelle internationale new-yorkaise (une Japonaise, deux jumeaux italiens) s’éloigne des racines no wave et bruitistes de ses débuts. Sa musique se diversifie, elle s’étoffe avec des cordes et des instruments sophistiqués, prenant parfois des airs de pop de chambre. Et elle n’en est que meilleure, conquérant au passage une critique boudeuse qui a souvent considéré ces trois musiciens comme des sous-Sonic Youth. Cette démarche aboutit d’abord au très bon Melody Of Certain Damaged Lemons, puis elle est parachevée avec Misery Is A Butterfly.

Entre ces deux albums, deux événements se déroulent. En 2002, Kazu Makino est piétinée par cheval, un accident suivi de chirurgie réparatrice et d’une pénible convalescence. Deux morceaux de l’album, plus ou moins, témoignent de son traumatisme : celui qui l’introduit, « Elephant Woman », et celui que le termine, « Equus ». Et puis au même moment, Blonde Redhead change de label. Ils quittent Touch & Go, et passent chez 4AD. Et au passage, leur nouvelle musique se met en phase avec la tradition du label anglais. Elle est plus ample, plus hantée, plus aérée.

Kazu Makino et les frères Pace demeurent des New-Yorkais prompts à l’expérimentation et aux curiosités musicales. Les morceaux sont rarement prévisibles, les intonations prennent parfois des tours inattendus et les guitares sont bien là. Mais contrairement à l’album d’avant, il n’y a plus de moments furieux, comme « Mother », pour rappeler à nos souvenirs le noise anarchique des débuts. Leur musique reste tendue, mais elle est aussi plus douce, plus continument. Elle est erratique et elle est synthétique, comme avec « Pink Love », la plus longue chanson de l’album, son sommet peut-être, et le seul morceau où Makino et Amedeo Pace chantent tous les deux.

Sur Misery Is A Butterfly se retrouve notamment, sur de longues et de belles pièces comme « Elephant Woman », la passion du trio pour la pop orchestrale du Serge Gainsbourg de la Ballade de Melody Nelson. La ressemblance n’est-elle pas flagrante sur le morceau éponyme de l’album ? N’est-il pas question d’une certaine Jane sur cette même chanson ? N’y a-t-il pas, après tout, un personnage appelé « Melody », qui tue un pauvre vieil homme sur le titre du même nom ? Et Kazu Makino n’a-t-elle pas toujours chanté avec la voix sans voix d’une Birkin à la sauce nipponne ?

Ces chants, parlons-en. L’alternance entre Makino et Amedeo Pace apporte autant de constance que de contraste avec leurs voix également maladroites, douçâtres et mal assurées. Elles illustrent et elles renforcent ce sentiment de fragilité qui est un de leurs thèmes. Ces timbres enfantins et innocents conviennent aussi à cette musique enrichie de cordes et d’autres instruments, bien plus qu’au punk enragé de jadis. Et plus de dix ans après leur début, neuf après « I Still Get Rocks Off », ce titre qui les avait révélés et qui avait montré que ce groupe avait quelque chose de spécial, cette conjonction apporte à Blonde Redhead, plus de dix ans après leur début, leur grand chef d’œuvre.

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