BLAC YOUNGSTA – I Swear To God
Sorti le 24 septembre 2015,
chez CMG The Label.
Après avoir longuement rendu hommage à Young Dolph et à toute la clique Paper Route Entertainment, à la suite de son décès, passons donc de l’autre côté. Penchons-nous à nouveau sur l’écurie rivale, Cocaine Muzik Group. Intéressons-nous à celui qui, davantage encore que son patron Yo Gotti, s’est imposé comme l’ennemi ultime et acharné du roi auto-proclamé de Memphis.
Blac Youngsta, en effet, ne s’est pas joint aux condoléances quand l’autre a été assassiné. Un mois jour pour jour après sa mort, il a joué en concert « Shake Sum », un vieux diss track à son encontre. Et quelques jours plus tard, il a rappé devant une tombe au nom de son rival, dans la vidéo du titre « I’m Assuming ». C’est insolent, c’est insultant, mais Blac Youngsta a déjà fait bien pire, par le passé. En 2016, avec toute une bande d’hommes armés, il a fait irruption dans le quartier de Dolph. Et un an après, il a été inquiété pour la fameuse fusillade sur le SUV du rappeur.
Ambiance…
Cependant, en marge de tous ces faits divers, Blac Youngsta rappe, aussi. Et il se débrouille.
Pour le petit délinquant Sammie Benson, tout commence au début des années 2010, quand en hommage à un ami mort, un certain King Craddy, il organise de populaires block parties dans la rue McMillan de Memphis, et qu’il délivre les trois mixtapes de la série Fast Bricks. Sorti en 2014, son single « Heavy » connaît un certain succès, et il attire l’attention de Yo Gotti, qui l’accompagne sur un remix et qui le prend sous son aile. Sortent alors plusieurs mixtapes sous l’étiquette CMG, Blac Youngsta rejoint la major du disque Epic en 2017, et l’année d’après, il sort un premier album officiel avec plusieurs artistes de premier plan (Travis Scott, Chris Brown, Jeezy, French Montana, Lil Yachty, etc.), suivi par deux autres du même acabit et par un projet avec Moneybagg Yo.
Si l’on veut entendre le rappeur dans ses moments les plus affamés, il faut remonter à l’instant clé, celui de l’émergence, qui se concrétise par sa première mixtape chez CMG, une très appréciable I Swear To God. Sortie en 2015, elle est sa rampe de lancement. Après quelques mots d’introduction du parrain Yo Gotti sur le premier titre, l’éponyme « Swear To God », et avant le « CMG » final où Blac Youngsta proclame son allégeance à son nouveau label, se disant prêt à tuer pour lui (sic), il délivre un modèle de gangsta rap chantonné d’époque, avec dedans de beaux moments mélancoliques tels que « One Bedroom House », où il parle de son enfance dans la misère.
Cette mixtape, c’est une plongée dans le son de ces années-là. On y trouve des synthétiseurs emphatiques et un déchainement d’onomatopées sur « Bowbowbow », ainsi que des marmonnements de saison au début de « All These Bitches Want Me ». S’y remarque aussi une propension, pour Blac Youngsta, à changer la tonalité de ses raps, et à passer en un instant de titres assommés par les drogues comme « Codeine », à d’autres, plus gaillards et pleins d’entrain, comme « Away From Me », et puis plus tard l’éclatant « Whole Life ». Et, à une chialerie de bad boy près comme « I Remember », mis de côté des « Real Nigga » inutiles, c’est souvent très bon.
Pour enfoncer le clou, une version enrichie de cette sortie y ajoute le tube « Heavy », ainsi que deux titres de Yo Gotti avec Blac Youngsta, dont un avec Boosie, une influence évidente. Tout cela n’est qu’un début. Après, donc, Blac Youngsta refera parler de lui, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Mais sur I Swear To God, il déroule du pur rap de 2015, dans toute sa splendeur.