BANDGANG LONNIE BANDS – KOD
Sorti le 3 mai 2019,
chez The Family Entertainment.
A Detroit, tout tourne autour des collectifs, mais à chaque fois, une personnalité se démarque. Dès la fin des années 90, à l’origine de la scène gangsta telle qu’on la connaît aujourd’hui, il y a les Street Lord’z, et leur grande figure est alors Blade Icewood. Au début de la décisive décennie 2010, ce sont les Doughboyz Cashout qui permettent à tous ces gens de devenir plus visibles, et Payroll Giovanni devient bientôt leur membre le plus éminent. Enfin, dans sa seconde moitié, au moment où la ville s’affirme au niveau national comme une place forte du rap, c’est BandGang qui est au centre du jeu. Et la grande star de BandGang, c’est Lonnie Bands, incontestablement.
Le collectif et sa « star », pourtant, ont mis plus de temps à recevoir des éloges que d’autres. Le chemin a été long entre Antisocial en 2016, l’album grâce auquel Lonnie s’est imposé en solo, et son excellent parcours de 2021, avec Street Dream Team et ce remarqué Hard 2 Kill coopté par ses pairs d’Atlanta et de Los Angeles. Mais entretemps, avant que sa carrière ne soit secouée par cette horrible année 2020 qui a vu plusieurs de ses proches disparaître, il y a un premier frémissement avec KOD, un opus que le précieux critique Alphonse Pierre met alors en avant chez Pitchfork.
Sorti un an après In Too Deep, l’excellent album collectif de BandGang, KOD est inégal, mais il nous offre du Lonnie Bands pur jus, celui qui, sur des pianos sans répit et de sa voix noueuse parsemée de soupirs et de sifflements, nous parle de sexe et de filles, de proxénétisme, d’armes et de drogue, aussi, et de la spécialité locale, le scamming. Pas d’invités extérieurs, tout le monde ici vient de Detroit (Sada Baby, Drego, Beno, d’autres BandGang comme Masoe, Javar et Paid Will, et RJ Lamont qui produit une bonne part de l’opus), exceptés des Californiens comme la Shoreline Mafia, Ron-Ron the Producer et Stunna Girl, venus rappeler les liens étroits entre les deux scènes.
L’album se termine par un morceau d’anthologie, « Detroit To Inglewood », qui célèbre cette même connexion, en compagnie notamment de l’excellent Ice Burgandy, un homme qui avait presque disparu depuis l’époque, au début de la décennie, où il était le protégé californien de Waka Flocka Flame. Ce titre est un temps forts de l’album, mais il n’est pas le seul. Dans un tout autre style, celui du tube licencieux « 10 Freaky Hoes » s’en sort aussi très bien avec son refrain imparable signé Beno, ainsi que des curiosités comme le lent « Ghetto Moshpit » et ce minimaliste « Heaven For A Thug » transporté par l’interprétation sidérante de Lonnie Bands. KOD, décidément, est une pièce à retenir, dans une discographie qui s’avère sans cesse plus fournie et remarquable.