LIL WYTE – The One And Only

LIL WYTE – The One And Only

Sorti le 5 juin 2007,
chez Hypnotize Minds Productions et Asylum Records.

C’est une loi du rap : tout collectif doit compter au moins une femme, à un moment ou à un autre de son existence. Et chacun doit avoir, aussi, son rappeur blanc. Pour Hypnotize Minds, celui-ci est Patrick Lanshaw. Son pseudo annonce la couleur, si j’ose dire. Lil Wyte l’aurait choisi bien avant d’intégrer la bande à Three 6 Mafia, à l’époque où il côtoyait un certain Lil Black. Mais DJ Paul le lui aurait dit clairement : ce serait à cause de son teint pâle que la bande lui aurait ouvert sa porte*.

Dans cette clique, « P’tit Blanc » est le seul et l’unique de cette couleur. The One And Only, comme s’intitule son troisième album. Et cela s’entend. Comme souvent chez les rappeurs « caucasiens », il compense une voix qui manque de coffre par un style rapide, braillard et agressif. Et c’est là son seul trait distinctif. Pour le reste, c’est du rap de Memphis générique : nihiliste, exagérément provocateur, avec des textes qui ne font pas dans la dentelle. Même sur « Suicide », quand Lil Wyte devient introspectif, il en fait des caisses et vire au grand-guignol.

Ici se trouve de l’égo-trip grotesque (« The One And Only »), un hymne barbare d’une brutalité insensée (ce « Talkin’ Ain’t Walkin' » qui parle d’enterrer ses rivaux sous la piscine et de baiser ta mère…) et d’autres décharges de violence (« Gun Do Da Talkin »), un numéro de dealer (« It’s On ») et des histoires d’argent sale (« Gettin’ Money Boy », « Cake »). On y découvre aussi des morceaux sur le plaisir de parader dans une bagnole rutilante (« I Got Dat Candy ») ou dans les atours étincelants d’un pimp (« Feelin’ Real Pimpish », avec Project Pat), et d’autres sur le dévouement à sa ville (« That’s What’s Up »), la défonce (aux drogues sur « Get High », à l’alcool sur « Fucked Up », au syrup sur « Do It Fluid ») et l’art d’échapper à la police (« Got’m Lookin »).

Comme dirait l’autre, Lil Wyte n’est pas le candidat de l’esprit de finesse. Mais au bout du compte, la production est assurée par DJ Paul et Juicy J, et elle est très solide. Elle est même d’une efficacité monstrueuse, avec le single « I Got Dat Candy », les notes de piano addictives de « We Ain’t Kool », le trompétant « That’s Whats Up », ce « Talkin’ Ain’t Walkin' » qui donne envie de massacrer des gens, cet ample et orchestral « It’s On », l’orgue chaud de « Feelin’ Real Pimpish », si typiquement sudiste, et ce « Get Wrong » destiné à dévaster le club. Bref, c’est ébouriffant.

La seule limite, comme avec tous les albums de l’époque, c’est que c’est bien trop long et qu’au bout d’un moment, le rythme s’essouffle. Néanmoins, sur une première moitié menée tambour battant, ce travail fait de The One And Only, indépendamment de la couleur de peau de son principal protagoniste, une pure décharge de rap de Memphis. Lil Wyte est le rappeur blanc d’Hypnotized Minds. Mais in fine, seuls importent les deux derniers mots de cette phrase.

* Rap Reviews (Lil Wyte :: The One and Only)

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