EPMD – Strictly Business
Sorti le 7 juin 1988,
chez Fresh Records et Sleeping Bag Records.
Strictly Business, s’intitule le premier album d’Eric Sermon et de Parrish Smith, alias Erick and Parrish Making Dollars, alias EPMD. Les affaires, rien que ça. Ces rappeurs poursuivent des buts simples, sur une route droite. C’est patent à l’écoute de cette musique unidimensionnelle, marquée par une démarche simple, directe, réductionniste. Avec EPMD, rien ne dépasse. Le duo n’use que de deux thèmes : son excellence au micro, et l’incompétence des autres. Pas d’autre sujet, mis à part sur « Jane », l’histoire d’une femme facile qui continuera sur les albums suivants, tous intitulés « business quelque chose », pour souligner que le duo ne s’écarte jamais de son chemin.
Côté samples également, c’est la grosse artillerie. Sur Strictly Business, on entend de l’Aretha Franklin, du Rick James, de l’Otis Redding, du Kool and the Gang. Que du connu, que du cramé, à peine maltraité par une pincée de scratch. A cette époque, on se soucie peu des questions de droit d’auteur. Cela dit, vu le génie avec lequel Sermon et Smith usent de ces échantillons, vu ce rentre-dedans « Strictly Business » où ils subliment la reprise molasse de « I Shot The Sheriff » par Eric Clapton, franchement, c’est ce dernier qui aurait dû les remercier et leur signer un chèque.
Les flows, graves et fiers, ne font pas non plus dans la dentelle. Ils sont maîtrisés et impeccables, mais d’une tonalité linéaire, sans variation, sans rupture. L’époque old school, c’est fini. Avec EPMD, il n’est plus question de jouer et de surjouer, mais de ralentir le tempo et de rapper avec facilité sur un mode conversationnel. C’est leur truc, pour paraphraser l’intitulé de leur classique « It’s My Thing ». C’est aussi ce qui leur vaudra d’être accusés parfois de flirter avec l’ennui, d’être critiqués pour une monotonie que seul un instrumental concocté par DJ K la Boss ose interrompre.
Cependant, il faut se rendre à l’évidence. Si Rakim bouleverse l’art du emceeing, si le Bomb Squad révolutionne la production hip-hop et si BDP popularise les thèmes du gangster, au rayon des groupes new-yorkais fondateurs de la nouvelle école, Eric Sermon et Parrish Smith annoncent mieux que quiconque cette sobriété noire et cette austérité fascinante qui feront le rap hardcore des années 90. Parlez-en donc à tous ces rappeurs qui, à force de s’y référer, feront de ce premier album bourré de samples tape-à-l’œil, à son tour, l’un des plus pillés et cités de l’histoire du rap.