CALLA – Televise
Sorti le 28 janvier 2003,
chez Arena Rock Recording Company et Talitres.
Avec l’avènement du post-rock, les années 90 ont vu les groupes à guitares s’affranchir des structures traditionnelles de la chanson. Ils ont allongé et complexifié les formats, fondant leurs expériences avec celles déjà tentées dans les musiques électroniques. Ce chemin, le guitariste Aurelio Valle, le bassiste Sean Donovan et le batteur Wayne B. Magruder, des Texans installés à New-York, l’ont emprunté le temps d’un premier album tout en paysages sonores. Mais avec les suivants, le trio part à rebours. Il revient au temps même de la transition entre un punk hardcore vigoureux et un rock déconstruit, à la violence contenue de groupes comme Slint ou Codeine.
Sur Televise, il y a des chansons, donc, de lentes et belles ballades apaisées à la guitare acoustique sur « Astral », « Surface Scratch », et un « As Quick As It Comes / Carrera », d’autres l’ont dit, à la façon de Yo La Tengo. Mais à l’opposé, il y a aussi un grandiose et prenant « Stranglers » tout en fureur rock, et de somptueuses envolées de guitares, sur « Monument », puis sur « Televised », peut-être les plus élégiaques depuis Television et Built to Spill, rien de moins. Quelquefois aussi, Calla mêle les deux formules sur un seul titre, comme ce « Don’t Hold Your Breath » entre orage et retenue, apogée d’un album qui compte pourtant plus d’un sommet.
Televise n’est pas un retour absolu à la conformité. Le trio a gardé quelques souvenirs de ses aventures en terres inconnues : percussions complexes, discrets ajouts électroniques (« Customized »), étrangetés sonores, ruptures de rythme, ambiances en accord avec les mots murmurés, marmonnés, susurrés par le chanteur, réminiscences en arrière-plan des soundscapes de leur premier album (« Pete The Killer »). Toutefois, plutôt que de jouer le jeu de l’étrangeté, ces éléments s’infiltrent subrepticement dans le rock de Calla, ils se font oublier, jouant avec le sentiment de familiarité dégagé par le groupe, accentuant délicatement le spleen de certains titres, donnant naissance à une déclinaison du post-rock presque accessible et parfaitement accomplie.