PEANUT BUTTER WOLF – My Vinyl Weighs A Ton
Sorti le 18 janvier 1999,
chez Stones Throw Records.
Il y a de tout sur ce premier album de Peanut Butter Wolf. Tous les styles du moment y ont leur place. Rap mature ou straight in your face, beats originaux, tournures expérimentales, accents old school (« Keep On Rockin It » avec le regretté Charizma), clins d’œil aux anciens, à commencer par le titre, dérivé du « My Uzi Weighs A Ton » de Public Enemy. Et beaucoup, beaucoup de turntablism : « Casio » avec Babu, « Phonies » avec DJ Design, et ce monstrueux « Tale Of Five Cities » impliquant pas moins de onze DJs (Beat Junkies, X-Ecutioners, Cut Chemist, Kid Koala).
L’album, en vérité une compilation, photographie cette scène californienne au bon moment. Quelques mois avant de proposer deux des meilleurs albums jamais sortis sur Stones Throw, Soundpieces: Da Antidote et The Unseen, Lootpack et Quasimoto / Madlib offrent l’aperçu d’un talent encore intact (« Styles, Crew, Flows, Beats »). Avant de devenir les représentants d’un hip-hop conservateur et plat, d’un underground sans idée, Planet Asia (« In Your Area ») et Rasco (cet excellent « Hold Up ») peuvent être encore pertinents avec leurs raps percutants et assurés.
La proximité de l’auteur avec un DJ Shadow au faîte de sa gloire, font alors une petite publicité à ce disque, distingué jusqu’à la critique rock, annonçant la surcote dont bénéficiera l’artiste maison Madlib, au-delà même des cercles rap. Néanmoins, avec My Vinyl Weighs A Ton, Peanut Butter Wolf clôture cette décennie 90 où il a œuvré dans l’ombre, plutôt qu’il n’annonce la suivante.
Tout n’est pas parfait sur cet album compilation bourré à ras-bord. Les coups de génie que sont le « Breaks ‘Em Down » de Kazi et le « Interruptions » de Zest, futur the Smoker, produits de main de maître par notre loup au beurre de cacahuète, côtoient des morceaux nettement moins marquants comme « Rock Unorthodox », « Definition Of Ill », « Mobbin » et « Necromancin », et quelques passages humoristiques se montrent sans grand intérêt (« Theme From A Peanut Butter Wolf »).
Pour jouir du véritable grand album de PBW, certains préfèrent se tourner vers Big Shots, en 2003, témoignage posthume du duo qu’il a formé avec Charizma. My Vinyl Weighs A Ton remplit une autre fonction, celle d’échantillon représentatif du hip-hop indé circa 1999. Il n’y a toujours rien de mieux que ce disque pour replonger dans l’ambiance de cette période charnière, dans cette époque qui en a émoustillé plus d’un, à l’aube de nouvelles transformations du hip-hop, avant une fragmentation toujours plus grande entre sa version grand public et ses multiples undergrounds.