YOUNG MC – Stone Cold Rhymin’
Sorti le 5 septembre 1989,
chez Delicious Vinyl.
Spontanément, quand on associe rap, Californie et fin des années 80, c’est à Ice-T et à N.W.A. que l’on pense, et donc aux premiers frémissements du rap gangsta. Dès cette époque, pourtant, à Los Angeles, est installé aussi le label de Matt Dike et de Michael Ross, Delicious Vinyl, qui se lance sur une toute autre voie, plus consensuelle et plus grand public, cherchant à devenir le Def Jam de la Côte Ouest. Cet objectif, ils l’atteignent quasiment avec les singles « Wild Thing » et « Funky Cold Medina » de Tone Lōc, puis avec le « Bust A Move » de Young MC, tous des cartons commerciaux.
Si le premier appartient en vérité à un gang angelino, le second, de son vrai nom Marvin Young, n’a rien d’un malfrat. C’est un jeune étudiant de la classe moyenne originaire d’Angleterre, propre sur lui et bien sous tout rapport, et dont le premier album, Stone Cold Rhymin‘, est à son image. Ici, il n’est pas question du ghetto, mais de l’environnement scolaire (« Principal’s Office ») ou de l’ennui d’une vie ordinaire (« Roll With The Punches »). Les femmes ne sont pas des objets, elles font au contraire tourner les hommes en bourrique (« Bust A Move », « Stone Cold Buggin' »). Le rappeur, au lieu de dealer de la drogue, lui dit « non » (« Just Say No »). Et pour le reste de ses propos, Young MC se cantonne à un égo-trip plaisant et bon enfant, ancré dans l’époque old school.
Côté musique, dominent des tons de circonstance, funky et entrainants, grâce au travail de production de Matt Dike, de Mario Caldato Jr. et des Dust Brothers, la dream team qui va offrir aux Beastie Boys, à la même époque, le gargantuesque Paul’s Boutique. L’album bénéficie aussi du renfort de Flea des Red Hot Chili Peppers sur « Bust A Move », et même de Quincy Jones, carrément, à la production du très bon « Just Say No » final. Grâce à ces gens, ce disque agrémenté parfois de chants féminins extatiques se montre accrocheur, bon esprit, joyeux, dansant, sautillant et très musical, comme le rap ne le sera plus avant longtemps.
Fort du soin apporté aux sons et du rap ludique de Young MC, Stone Cold Rhymin‘ s’est bien vendu, mais il est aujourd’hui quelque peu oublié. Ce disque n’est pas visionnaire, il ne montre pas la voie, et le MC peinera à s’imposer ensuite. Il tentera donc de se réinventer rappeur « conscient » sur le disque suivant, avant d’en être réduit, dans les années 2000, à participer à des émissions de téléréalité. Son premier album demeure toutefois un parfait exemple de très bonne variété rap.