REALYUNGPHIL – until something changes
Sorti le 2 juin 2026.
L’une des meilleurs choses jamais sorties par RealYungPhil, l’une des plus remarquées en tout cas, c’est Victory Music, en 2023. Le rappeur du Connecticut profitait alors de la collaboration d’une bande de producteurs suédois proches de Yung Lean, Gud et Woesum, notamment. Eh bien, en 2026, il remet ça, avec à peu près les mêmes. Et c’est une bonne nouvelle. until something changes (sans les majuscules, hein), est une autre réussite. Elle est peut-être même, malgré la vingtaine de minutes de cet album (EP ?) très court, sa plus grande à ce jour. Une fois encore, l’alliance de l’Américain avec Gud, Woesum, Stacey, Eurohead et les autres fait sens. Il y a même un tube au moins (ou tout du moins ce qui ressemble à un tube, pour une sortie aussi underground), sur cet until something changes. Un « activated » inhabituellement énergique avec ses cloches.
Aux sonorités éthérées privilégiées par les producteurs, à leurs expérimentations (ce titre final, « phila », dédoublé par une version pitchée, puis screwed…), répond et correspond le rap de RealYungPhil. Dans ses paroles, l’on reconnaît toujours, entre les lignes, les routines (t)rap (l’égo-trip, le désir de réussite, la paranoïa, la lutte contre l’adversité, une allusion à la drogue), et les bruits de la trieuse de billets viennent à l’appui (« 2x »). Toutefois, ces textes sont moins frontaux. Ils sont comme fatigués, évanescents. Ils renversent les origines euphoriques et triomphatrices du sous-genre pour mieux questionner le prix de la réussite, comme sur le titre « sold out shows », avec les rappeurs underground anglais (cette filière européenne, encore…) kwes e et kare.
Ce sont des propos aussi brumeux que les sons, à l’instar de ceux de « phila », où RealYungPhil confesse ne plus avoir les idées claires, Ce sont des raps, aussi, où s’insèrent quelques propos motivationnels (« can’t look back »), des leçons de sagesse et des réflexions philosophiques sur l’existence (« remote », à propos d’une vie qu’on pourrait gérer à la télécommande). Et l’on sait, depuis Lil B au moins, à quel point ce type de posture s’agence bien avec les sons du cloud rap.