LYNYRD SKYNYRD – Second Helping

LYNYRD SKYNYRD – Second Helping

Sorti le 15 avril 1974,
chez MCA Records.

Il est souvent admis que Second Helping est le meilleur Lynyrd Skynyrd, qu’il est une version plus accomplie de Pronounced Leh-Nerd Skin-Nerd, leur premier album. Mais ce n’est qu’à moitié vrai. Toujours produit par Al Kooper, mais enregistré en Californie, ce second opus se montre plus professionnel et propre que le précédent. Cependant, pour cette raison même, il est moins bien.

C’est grosso modo la même formule : un manifeste de rock sudiste, un disque de hard rock baigné dans le blues qui fleure bon la campagne et les marécages, avec du boogie (« Don’t Ask Me No Questions »), des accents stoniens, des solos de guitares et de piano, et une ballade mélancolique très love (« Need You »). Et si le précédent se terminait idéalement par l’épique « Free Bird », celui-ci commence par l’autre titre le plus connu du groupe. Ce « Sweet Home Alabama », une réponse au portrait peu flatteur des Sudistes que Neil Young brosse sur son « Southern Man », propulsera l’album vers des sommets astronomiques, devenant l’hymne du Sud américain, et il vaudra aux musiciens du groupe d’être faits colonels honoraires de la milice de l’Etat d’Alabama.

Sur ce coup-là, Ronnie Van Zant gagne par K.O. Ses paroles se montrent nettement plus mordantes que celles du Loner. Le songwriter du groupe prouve son habileté sur « Sweet Home Alabama », mais aussi quand il parle de sa difficile coexistence avec l’industrie du disque (« Workin’ For MCA »), quand il s’en prend aux ravages de l’héroïne (« The Needle And The Spoon » – tiens, à propos de Neil Young, n’a-t-il pas sorti lui-même un « Needle And The Damage Done » ?) ou quand, démentant la réputation de racisme que se trainera Lynyrd Skynyrd, il rend hommage au blues à travers la figure fictive d’un Afro-Américain (« The Ballad Of Curtis Loew »).

Les paroles sont l’une des forces du groupe. Mais il y en a une autre, plus évidente : leur verve rock ‘n’ roll, leurs riffs, leur aisance à sortir des titres qui balancent et qui roulent, le mémorable « Sweet Home Alabama » en tête, standard ancré dans notre mémoire collective, bien au-delà des seuls Etats Confédérés, avec son solo de guitare, ses chœurs féminins, ses petites touches de piano.

Mais c’est aussi cela qui pose problème avec Second Helping. Comparé à celui d’avant, cet album confirme nos préjugés envers le rock sudiste. On ne peut que se lamenter de constater qu’il est plus ludique mais moins intense que le précédent, qu’il est moins divers, et qu’il ne compte qu’un titre, « Need You », dans la lignée des déchirants « Tuesday’s Gone » et « Simple Man » de Pronounced Leh-Nerd Skin-Nerd. Et que seul ce dernier, et à la limite « The Ballad Of Curtis Loew », sortent vraiment du lot. Qu’il est donc, selon nos critères, sensiblement mois bon.

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