YN JAY – Coochie Land

YN JAY – Coochie Land

Sorti le 3 août 2020,
chez YN Records.

En 2020, il s’est confirmé que la scène rap de Flint ne se résumait pas à Rio Da Yung OG et à son compère RMC Mike. Leur essor, induit par leur association avec Peezy, puis par l’intérêt porté par un Lil Yachty fasciné par les rappeurs du Michigan, a attiré par ricochet l’attention sur d’autres gens issus des mêmes lieux, comme GrindHard E, YSR Gramz et KrispyLife Kidd de la communauté voisine de Beecher, ainsi qu’un Bfb da Packman basé à Houston mais originaire de l’endroit. En plus de ceux-là, il faut citer Louie Ray et son compère YN Jay, lesquels, avec l’aide du grand architecte du son de Flint, le producteur Enrgy, ont sorti l’an passé le single remarqué « Coochie ».

De toute cette bande, YN Jay est le plus excentrique. Se présentant comme le « coochie man » (c’est-à-dire, grosso modo, « l’homme à chattes »…), ce rappeur issu lui-aussi de Beecher a le sexe pour préoccupation première, plutôt que la dure vie de la rue. C’est en tout cas ce qu’a confirmé Coochie Land. Avec ce projet, le rappeur nous embarque dans une virée bizarre dans son parc d’attractions à lui, dédié entièrement aux plaisirs de la chair et des drogues récréatives.

Avec l’humour vicieux d’un adolescent en rut, YN Jay ne parle que de ça : de ses manières de pimp, des femmes qu’il entretient comme s’il avait un harem, de filles plus mouillées que les Chutes du Niagara (« Surprise »), de tétons apparents derrière la chemise et de sexes féminins si imposants qu’on en voit les lèvres à travers la culotte (« Thittie Man »). Il ne s’interrompt que pour seconder Rio Da Yung OG sur sur un égo-trip menaçant (« Thank Me Later »), ou bien pour vanter le travail d’Enrgy et de ses autres producteurs (Marc Boomin, Baby On The Track, Beats By Sav…).

YN Jay se distingue aussi par son style rapologique. Tout comme Rio, il déclame ses vers d’un trait, ligne après ligne, et sa musique se fait parfois nerveuse, dans la lignée du style du Michigan. Mais plutôt que des raps de rue tranchant, c’est un ton doux et nonchalant qu’il privilégie. Il le met en valeur avec des onomatopées trainardes qui soulignent le caractère lascif et licencieux de ses paroles, ou bien par des ad-libs dont il allonge indolemment la dernière syllabe (« hold ooooon »).

Cette logique, il l’exploite au mieux sur « Coochie Land », le titre, l’un des plus étonnants de son répertoire, l’un des meilleurs aussi. Il joue tant de son flow facétieux, qu’il se suffit à lui-même sur le minimaliste « Tik Tok ». Il surprend jusqu’au final « Gotta Get Rich », où sa voix redevient normale. Alors certes, tout n’est pas mémorable sur Coochie Land, surtout si on se lance dans l’interminable version deluxe sortie en novembre. Mais le rappeur l’est, lui, indubitablement.

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