TOO $HORT – Life Is… Too Short
Sorti le 31 janvier 1989,
chez Dangerous Music, Jive Records et RCA Records.
Si l’on parle de rap West Coast, et non pas uniquement de rap angelino, c’est que l’autre grande métropole du coin a aussi sa part dans la révolution gangsta dont la Californie a pris la tête. La Baie de San Francisco se distingue même avant Los Angeles, grâce à sa première grande figure, Too $hort. Avec ce dernier, la rupture est même plus radicale qu’avec la joyeuse bande de N.W.A.
Comme tous les révolutionnaires, et en dépit du large succès de son meilleur album, Life Is… Too Short, Too $hort n’est pas tout de suite compris et accepté. Avec lui, il faut dire, nous sommes loin des repères établis à New-York. Le flow est moins subtil que celui des cousins de la Côte Est. Il est même terriblement mécanique et linéaire. Cependant, cela nous invite d’autant mieux à goûter des paroles qui, exceptés l’anomalie anti-drogue de « City Of Dope » et des ego-trips d’époque à la « Rhymes », se résument à trois thèmes : violence, sexe et outrance. Témoin cet épique « CussWords », le titre central de l’album. Entre autres grossièretés, Too $hort apostrophe le président de l’époque, Ronald Reagan, et il imagine que sa femme Nancy lui fait une gâterie.
Les paroles font leur impression, mais elles ne doivent pas masquer l’autre rupture, manifeste à partir de cet album. Comme pour offrir un contrepoint à son phrasé monotone, Too $hort l’agrémente maintenant de beats souples, groovy et nonchalants, d’une musique mélodique comme rarement le hip-hop ne l’a été. C’est le cas sur « Don’t Fight The Feelin' », avec la guitare funky de « City oO Dope ». Cela l’est aussi avant, sur « Oakland », une ode douce qu’il réserve à sa ville, accompagnée d’une voix féminine, de claviers qui anticipent le futur g-funk et d’un rythme sautillant qui évoque le reggae. Too $hort aussi, est l’un des premiers à ralentir le tempo, comme avec un « I Ain’t Trippin » pesant, annonciateur du style « chopped & screwed » de Houston.
« Nobody Does It Better », le rappeur intitule-t-il un de ses morceaux (peu avant que le D.O.C. ne se décide à en faire autant). Personne ne fait mieux, évidemment, puisque personne ne fait pareil. A l’époque, en tout cas. Après, ce sera une toute autre histoire. Ailleurs sur la Baie de San Francisco et en Californie, et enfin dans ce Sud qui nouera des liens étroits avec les artistes d’Oakland, les enfants de Too $hort ne cesseront de se multiplier. On n’aura plus peur de surenchérir en matière d’obscénités, d’être aussi machiste que sur « Pimp The Ho », de traiter les femmes de « byatch » et, pour conclure sur une note plus positive, de réconcilier rap et mélodie.