EEKWOL & MILS – The List

EEKWOL & MILS – The List

Sorti le 11 octobre 2007,
chez Mils Productions.

Lorsque qu’en 2004, avec l’album Apprentice To The Mystery, on célèbre Lindsay Knight, alias Eekwol, c’est en tant que chanteuse amérindienne qu’elle est présentée. Il est vrai que cette membre de la Première Nation de Muskoday est une universitaire versée dans l’étude des nations « natives », qu’elle-même s’est posée en défenseuse de la culture crie, et qu’un morceau de son premier album rend hommage à ses origines en invitant un chanteur pow-wow. Mais ramener la nièce du musicien folk Chester Knight à cette seule qualité est réducteur. La plupart des titres de cet album abordent d’autres sujets, en vérité. Tout comme ceux de son successeur, The List.

Sur celui-ci, Eekwol invite encore les siens à l’action (« Let’s Move ») et elle fait une brève référence à ses origines (« What’s Good »). Mais elle traite aussi de thèmes plus larges. Elle philosophe, beaucoup, quand elle ramène les gens à leur responsabilité individuelle (« The Tree ») ou en appelle au ré-enchantement du monde (« Magic »). Son registre est d’inspiration « rap conscient », comme l’indique l’identité du seul collaborateur de poids présent ici, Stic.man des très engagés Dead Prez (remplacé dans le clip par Luckyiam). Mais Eekwol traite aussi de sujets personnels, comme son addiction à la cigarette et ses efforts pour arrêter le tabac (« Smokitine ») ou son rapport au rap et à la création, sur ce « Catch 22 » dont on reparlera dans un instant.

Par ailleurs, avec Apprentice To The Mystery, c’est Eekwol qui a été remarquée. Mais la rappeuse a un comparse, son frère Justin, et il n’est pas étranger à la qualité de sa musique. Avant même que la rappeuse ne rejoigne Innersoulflow, l’homme appelé Mils a été l’un des maîtres d’œuvre de ce groupe aux contours familiaux. Son talent de producteur est assez reconnu pour que le Canadien ait été invité à offrir des sons aux héros underground américains des Living Legends, ainsi qu’à Pigeon John et à Paul Barman. Et naturellement, il est l’architecte sonore des albums de sa sœur.

L’un des atouts de cet homme qui, par ailleurs, sait jouer de « vrais » instruments, est qu’il renforce ses compositions de sonorités organiques. Quelques moments sur The List sont très synthétiques, comme « Tree ». Mais ailleurs, sur « Smokitine », des cuivres et un piano rompent la monotonie de la boucle. Et on l’entend insérer une guitare sur le single « The Gauntlet » (en plus de ses propres raps), et le conclure par un joli solo. C’est encore le même instrument qui anime la perle de l’album, ce chaloupé « Catch 22 » qu’on a découvert il y a déjà longtemps, avant même la sortie de l’album, sur la compilation Hue And Laugh And Cry. Au vu de ces arguments décisifs, il est donc normal que, cette fois, le nom de Mils apparaisse en toutes lettres sur l’album de sa sœur.

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