DIVINE STYLER Feat. THE SCHEME TEAM – Word Power
Sorti le 23 octobre 1989,
chez Rhyme $yndicate Records et Epic Records.
Cela commence sous les meilleurs auspices pour Divine Styler, par deux albums chez Rhyme Syndicate, le label d’Ice-T. Mais ni Word Power en 1989, ni l’expérimental Spiral Walls Containing Autumns Of Light en 1991, ne vont au-delà du succès d’estime. Plus tard, pourtant, des fans et amis lui tendront des perches : on l’apercevra sur des albums de House of Pain, Styles of Beyond, Scott Herren (Prefuse 73) et Maxim Reality (The Prodigy). L’Anglais James Lavelle lui permettra même de sortir un troisième album chez Mo’Wax, un décevant Word Power Vol.2: Directrix. Mais rien n’y fera, Divine Styler restera une figure méconnue, il n’aura jamais la reconnaissance méritée.
Et pourtant, qu’il est bon ce Word Power. C’est en premier lieu du rap d’époque gavé de scratches, avec des saveurs old school, et au meilleur de sa forme sur « Koxistin U4ria », sur ce « Tongue Of Labyrinth » nourri au « UFO » d’ESG, et sur les tueries « Free Styler » et « Ain’t Sayin Nothing ». Autre signe des temps, on y trouve un instrumental plein de funk (« Play It For Devine ») et des passages à faire pâlir de jalousie le Bomb Squad (« Get Up on It »). Mais ça ne s’arrête pas là.
A l’instar des Native Tongues, ses homologues en afro-centrisme, et avec l’appui du producteur Bilal Bashir, le New-Yorkais établi en Californie dynamite le rap, il repousse ses limites. Il propose près de sept minutes de hip house délirante avec « The Last Black House On The Left », du spoken word d’avant la mode sur fond de Marvin Gaye (« Word Power »), des influences jamaïcaines (« It’s A Black Thing »), ragga (« In Divine Style »), voire carrément du reggae, et le meilleur qui soit avec ce « Rain » nostalgique à souhait. A quelques passages longuets près (ce « Divinity Stylistics » où le rappeur rend hommage à ses principales sources d’inspiration, Allah en tête, sur un sample du « Pusherman » de Curtis Mayfield), il n’y a pas d’autre mot, c’est divin.
Divine Styler porte bien son nom, mais le titre de l’album se révèle trompeur. Car en plus de prouver le pouvoir des mots, le rappeur et son producteur démontrent avec Word Power celui de la musique : une musique qui annonce quelques-unes des audaces du futur, au point d’inspirer le titre d’un fanzine culte de l’underground rap (le In Search Of Divine Styler du journaliste Ryan Somers, alias Fritz the Cat). Une musique, aussi, qui a moins vieilli que d’autres de la même ère. Une musique à laquelle il ne manque plus qu’une chose : une réédition en bonne et due forme.