BIG PUN – Capital Punishment

BIG PUN – Capital Punishment

Sorti le 28 avril 1998,
chez Terror Squad Entertainment
et Loud Records.

Quand il sort en 1998, le succès est là. Cependant, le premier album de Big Punisher n’apporte rien de neuf au rap (sinon l’une de ses grandes stars hispaniques). Il a tout l’air d’un boulevard East Coast, d’un blockbuster bien de son époque. Le confirme le renfort au micro et aux beats de tous les héros East Coast du moment, Wyclef Jean, Busta Rhymes, Noreaga, Black Thought, Prodigy, Inspectah Deck, RZA, Juju, Rockwilder, Funkmaster Flex et d’autres encore. Et puis bien sûr, celle de Fat Joe, le parrain de Big Pun, celui qui lui a mis le pied à l’étrier et qui l’a accueilli sur son label.

C’est alors comme si l’homme du Bronx et Portoricain d’origine venait remplir la grosse place laissée vacante, une année plus tôt, par le meurtre de Notorious B.I.G. Avec Capital Punishment, s’impose une autre star obèse prénommée Christopher, extraordinairement à l’aise au micro, très maître de son souffle malgré son surpoids, qui fantasme une vie de baron du crime, et qui est capable de contenter à parts égales le grand public et les puristes du hip-hop hardcore.

Cet album est une foire à tout. Un boom bap crasseux à la Mobb Deep ou Wu-Tang (le très bon « Beware »), des charges socio-politiques amères (« Parental Discretion », le redoutable « Capital Punishment ») et une éruption de fierté new-yorkaise (« Tres Leches ») s’accompagnent d’un R&B sensuel et douçâtre (« Still Not A Player »), d’accents caribéens lorsque le Portoricain se ligue avec le Haïtien Wyclef Jean (« Caribbean Connection ») et d’une virée californienne quand Fat Joe et Big Pun tournent à leur sauce le « Deep Cover » de Snoop Dogg et Dr. Dre (« Twinz »).

Les égo-trip rigolos, menaçants, ou rigolos et menaçants (« Beware », « The Dream Shatterer »), comme les professions de foi criminelles (« You’re Not A Killer », contre les gangsters d’opérette), côtoient une histoire de fille vénale et infidèle (« Punish Me »), où Big Pun réouvre un temps l’une de ses blessures d’enfance (l’absence de père). De flamboyantes démonstrations d’adresse au micro (« Super Lyrical ») et de storytelling bien senti (« Fast Money » et « Boomerang », avec ce sample de La planète sauvage dont se repaira bientôt Madlib), s’agrémentent de skits pornos (« Taste’s Choice ») ou gangsta absurde (« Pakinamac Pt. II »), d’un bref hommage à un membre disparu du Terror Squat (« Charlie Rock Shout »), et même d’un instrumental (« Intermission »).

Avec cet album qui mange à tous les râteliers, ne s’appuie que sur des recettes éprouvées (et qui est trop long, comme tous ceux de l’époque), Big Pun est bel et bien, à la fin de la décennie 90, la prochaine superstar en surpoids après Biggie. Malheureusement lui aussi ne tardera pas à mourir, deux ans plus tard, par crise cardiaque, pour des complications liées à son addiction à la bouffe.

21st century, thought I’d never see it
Right around the corner, baby

Le XXIᵉ siècle, je pensais ne jamais le voir
Il est juste au coin de la rue, bébé

… Big Pun prétend-il sur le morceau éponyme de l’album. Et bien non. De fait, l’énorme Portoricain ne passera pas l’an 2000, il ne connaîtra rien de ce XXIème siècle qui était alors à portée de vue. Cependant, la cote de ce Capital Punishment, qui pourtant ne brille pas par son innovation, se maintiendra année après année. Le décès de son auteur renforcera le mythe, et il nous offrira un bel exemple d’album de seconde catégorie qui, à l’usure, aura fini par rejoindre la première.

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