DOPESTYLE 1231 – KutMasta Kurt Presents Dopestyle 1231

DOPESTYLE 1231 – KutMasta Kurt Presents Dopestyle 1231

Sorti le 22 juin 2004,
chez Run Recordings.

C’est le coup classique de l’œuvre incomprise. Sorti en 2004 par des protégés du producteur KutMasta Kurt (son nom apparait dans le titre, mais il n’a pas vraiment pris part au disque), cet album a été fraichement reçu. Tout, à peu près, a été reproché à Dopestyle 1231. De n’être ni funky ni mélodique. D’arriver pour la fumée des cierges, dix ans après la vogue du rap underground de science-fiction. De virer à la formule. Pourtant, c’est précisément tout cela qui le rend délectable.

Aucun de ces reproches n’est tout à fait infondé. MC Dopestyle, de sa voix rugueuse et sépulcrale (quand il en s’essaie pas à un falsetto incongru), et Tom C avec sa production sombre, usent d’ambiances malsaines déjà entendues autrefois. Comme l’indique la présence de Del, Kool Keith, Motion Man et Vast Aire (sur un « Sunz Of Shazam » halluciné à souhait), en plus du parrainage de KutMasta Kurt, le duo s’inscrit dans la tradition du rap gothique et bizarre de la fin des années 90.

Dès « I’m Grendel », Tom C et Dopestyle renouent avec les thèmes cryptiques et morbides de l’horrorcore. Comme maints autres avant eux, ils jouent d’effets train fantôme (rires d’outre-tombe sur « Threshold Underbelly »), d’ambiances évanescentes (voix féminine sur « Darkspell ») et ils empruntent au rock ses sons les plus poisseux en forçant sur la guitare, samplée en boucle sur « Granulated Sugar », haletante sur « Threshold Underbelly », mordante sur « Bobby Wobbly », heavy metal sur « Lone Ramblin' », « Rap Delite Delux III » et « The Game Is Finished ».

Ce duo issu des alentours San Francisco reprend la formule de Dr. Octagon, substituant aux thèmes science-fiction ceux du film d’horreur. Le titre avec Kool Keith, « Wedgie », n’aurait d’ailleurs pas dépareillé sur Dr. Octagonecologyst. Et si on s’efforce de juger cet album de Dopestyle 1231 comme il fallait le faire de Dr. Octagon, comme du rap de comic book, il est difficile de bouder son plaisir et de ne pas réaliser que, bien plus que ce Deltron 3030 surcoté en son temps, ou que l’anecdotique Return Of Dr. Octagon, ce disque-là est son plus digne successeur.

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