CAROLE KING – Tapestry

CAROLE KING – Tapestry

Sorti le 10 février 1971,
chez Ode Records et A&M Records
.

« Loco-Motion », c’est elle. « Will You Love Me Tomorrow », aussi. Et « (You Make Me Feel) Like A Natural Woman ». Dans les années 60, la vingtaine à peine, avec son mari Gerry Goffin, Carole King devient l’un des auteurs et compositeurs du Brill Building, et elle donne naissance à plusieurs singles phares de l’époque, à travers plusieurs genres musicaux. Cela serait bien suffisant pour en faire une légende de la pop music. Mais alors, naturellement, elle est dans l’ombre. Ce sont d’autres, parfois très prestigieux (outre Aretha Franklin, les Beatles par exemple) qui interprètent les tubes qu’elle écrit. Et puis survient le début des années 70, quand sous son nom, elle sort un second album au succès commercial prodigieux (il est resté six ans dans les charts américains).

Tapestry est conçu avec l’appui de toute une intelligentsia de la pop music (James Taylor, Joni Mitchell, Lou Adler à la production, etc., et puis, encore Gerry Goffin, dont elle séparée depuis un moment déjà), que le statut de Carole King l’autorise à convoquer. Et ces paroles, et cette musique que la chanteuse laisse souvent respirer le temps d’un solo, contribuent à illuminer cet album calme et mélancolique, devenu emblématique d’une ère où s’affirme un rock adulte et assagi.

A quoi s’intéresse-t-on, quand on grandit ? Plus vraiment aux grandes idées, à la marche du monde, ni même à l’amour fou, mais à des préoccupations triviales et quotidiennes. La pochette même, où l’on voit la chanteuse pieds nus et dans un pull informe, avec un chat dans le cadre cosy d’une maison, le titre de l’album aussi, jouent la carte de l’anodin, de l’intime, du personnel.

Tapestry est une ode au calme, à la quiétude, à la stabilité, de la part de quelqu’un qui a su se préserver des excès du milieu pop rock. Carole King regrette, sur le mélancolique « So Far Away », les tournées qui la tienne éloignée de chez elle, et de l’être aimé. Ce à quoi elle aspire, c’est à la tranquillité d’après ce splendide « Way Over Yonder » aux faux-airs de gospel, celle de la vie après la mort. Ce qu’elle défend, c’est une philosophie des petits moments, d’après « Beautiful ». Ce qu’elle professe, ce sont des remèdes simples aux tracas de la vie, celui de l’amitié (ou de l’amour ?), sur  » You’ve Got A Friend ». D’ailleurs, même cette chanson de cowboy qu’est « Smackwater Jack », le titre anomalie de l’album, peut être lu sous l’angle d’une relation homme / femme.

Ce album, justement, est aussi constitué de romances. Des joyeuses comme « I Feel The Earth Move ». Des chansons d’abandon à l’être aimé, comme « Where You Lead ». Ou bien des odes pour cœur brisé, comme le très emblématique « It’s Too Late ». Soient les mêmes tubes que ceux que Carole King a su écrire pour d’autre. Des, tubes, la chanteuse en reprend. « Will You Love Me Tomorrow » et « (You Make Me Feel) Like A Natural Woman », ces magnifiques chansons qui ne sont pas des Shirelles ou d’Aretha Franklin, mais les siennes propres. Et même si elle n’est pas une chanteuse aussi exceptionnelle que ces interprètes, même si les versions originales demeurent les plus mémorables, même si Carole King les neutralise presque, cela reste de grands morceaux.

Pour la même raison, plusieurs inédits de cet album seront eux-mêmes repris par d’autres artistes (James Taylor, Barbra Streisand), très peu de temps après sa sortie, et à leur tour, ils deviendront des tubes, des grands standards pop rock. Car si la postérité doit retenir une chose de la postérité de cette femme, une seule et unique chose, c’est que Carole King savait faire des chansons.

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