TAY BLOOD – Diary Of Me
Sorti le 14 juillet 2017.
La violence, indissociable du rap de rue de Detroit, nous attire. Elle nous interpelle, elle nous émoustille de manière malsaine. C’est elle qui rend cette musique si prégnante, si puissante, si pertinente. Et si c’est le cas, c’est peut-être parce que tout ça, malheureusement, n’est pas que du chiqué. L’actualité nous l’a rappelé en 2020, avec la mort brutale de deux BandGang, Jizzle P et Paid Will. Elle l’a même fait bien avant tout cela. Rappelons que le père fondateur de cette scène, Blade Icewood, a été assassiné dès 2005, un an après qu’une première attaque à l’arme à feu l’ait cloué à une chaise roulante. Et plus récemment, à la fin des années 2010, quelques autres rappeurs des lieux ont subi ce sort funeste, Doughboy Roc, Eastside Snoop, et donc, Tay Blood.
Ce dernier avait tout pour devenir une figure marquante de cette scène, à réécouter son seul album, Diary Of Me. La violence, encore elle, est au cœur de cette courte sortie qui s’ouvre avec quelqu’un proclamant, sur des bruits de mitraillette, qu’il est le négro le plus macho du coin. Cette brutalité est soulignée par la voix très rauque de Tay Blood, une voix que certains, par facilité, ont comparée à celle de DMX. Exprimant une soif de brûler sa vie par les deux bouts, Tay Blood dépeint les rigueurs de la jungle urbaine sur « Through The Struggle ». Il trouve la vie trop courte sur « Street Life ». Il veut tout tout de suite sur « Everythang », un titre avec Damedot et Reup produit par DamJonBoi, tout comme ce « Paper », où l’argent est placé au-dessus de tout.
Tay Blood emprunte tous les passages obligés de ce type de rap, y compris les chants R&B casse-bonbon sur « Street Life », ainsi que sur ce « Ms. Independent » plus réussi où il défend son idéal féminin, une compagne forte capable de mener toute seule ses affaires criminelles. Il n’en délivre pas moins une petite poignée de bijoux, comme les prenants « Through The Struggle » et « Everythang », ce « Boss Life » aux cloches du plus belle effet, ce « The One » à la conclusion enlevée, et le tube de Diary Of Me, ce morceau grâce auquel ce rappeur mort gagne avant sa mort sa petite place au panthéon du rap de Detroit, un « Raised Different » entonné avec FMB DZ.
Tout cela est alors prometteur, mais tout cela demeurera sans suite. « Cette histoire ne finira pas, jusqu’à ce que je sois enterré », Tay Blood affirme-t-il par bravade sur « Bishop ». Tel est précisément le problème auquel sa carrière se heurtera : le rappeur sera enterré bien trop tôt.