DARC MIND – Symptomatic Of A Greater Ill

DARC MIND – Symptomatic Of A Greater Ill

Enregistré de 1995 à 1997.

Sorti le 29 août 2006,
chez Anticon.

Pourquoi continue-t-on à qualifier Anticon de label rap au milieu des années 2000 ? A cette époque, en effet, le label propose surtout de l’indie rock, ou du folk assaisonné d’électronique. Le temps où il a voulu révolutionner le hip-hop semble révolu. Pour ceux qui n’ont pas connu ses débuts, il n’est pas évident de comprendre que ce label a été dans la lignée du rap indé East Coast des années précédentes, celui de Co-Flow, des Juggaknots et des Jedi Mind Tricks. En 2006, pourtant, il retrouve ses racines en sortant des limbes le très bon album de Darc Mind.

Darc Mind, dix ans plus tôt, c’est pile ce hip-hop en transition, cette musique dense et ténébreuse venue du boom bap new-yorkais des années 90, mais qui le dépasse. C’est un son dont les prémices se trouvent chez le Wu-Tang et l’aboutissement sur le premier Company Flow. D’ailleurs, ce disque enregistré entre 95 et 97 est d’abord censé sortir sur Loud, un label où le Wu est très présent. Mais manque de chance, cela tergiverse, le label met la clé sous la porte, et cet album des New-Yorkais Kevroc et DJ GM Webb D ne voit pas le jour. Il devient un classique perdu, avant de connaître un sort heureux : une réédition orchestrée par des fans ayant pignon sur rue.

C’est qu’il en vaut la peine, ce disque, avec la voix souple, basse et grave du MC, qui chemine avec virtuosité entre le rap, la conversation et le chantonnement, et se montre aussi à l’aise sur un rythme lent que sur un plus soutenu. On ne peut rien reprocher non plus aux beats du DJ. Cette musique qui sample les anciens Nas, Rakim et Public Enemy, et qui fricote parfois avec la old school (« Bmoc », « Fever Pitch »), a la densité du meilleur Gangstarr, Pete Rock ou Black Moon.

Mais en germe, elle contient aussi la froideur du rap d’après. « Visions Of A Blur », « U Da One » et « Seize The Phenom », entre autres, sont des modèles dans les deux genres. Ils font partie des meilleurs morceaux de rap à se mettre entre les oreilles, en 2006 comme en 1997. Et si certains, convaincus par ces titres, peinent encore à faire le lien avec les allumés d’Anticon, ils n’ont qu’à écouter l’excellent « I’m Ill », pour comprendre ce qu’ont en commun Darc Mind et leurs fans.

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