WHY? – Elephant Eyelash

WHY? – Elephant Eyelash

Sorti le 26 septembre 2005,
chez Anticon
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Il est un moment, chez Anticon, où les expérimentateurs blancs qui ont animé le fameux label hip-hop underground ont tombé les masques. Ils ont révélé ce qu’ils étaient vraiment : des rockeurs indé. Why? qui a été un homme avant que ce pseudo ne désigne son groupe (son frère Josiah aux percussions, Matt Meldon à la guitare, et Doug McDiarmid) et qu’il retrouve son vrai nom, Yoni Wolf, est l’exemple de ce coming out musical. Et son deuxième album en est le moment pivot.

Elephant Eyelash, c’est l’endroit où, après les bizarreries de Oaklandazulasylum et du trio qui l’a fait connaître, cLOUDDEAD, Wolf s’entoure de véritables instrumentistes. C’est celui où il renoue avec de bonnes vieilles chansons de cœurs brisés (« Yo Yo Bye Bye ») et de romances (mal) passées (« Whispers Into The Other »). Il devient un artiste dépressif (« Rubber Traits ») qui s’interroge sur la mort (« Act Five »), le suicide et les autres dégâts causés par le temps (« Light Leaves »). Yoni Wolf donne dans l’intime, écrivant des chansons nourries par ses expériences, comme « Fall Saddles », à propos de ce père absent, rabbin dans une communauté juive hétérodoxe, ou comme le tube de l’album, ce « Gemini » qui se nourrit des souvenirs d’un amour triste et révolu. Il fait de la poésie, parlant sur « Waterfalls » de paysages pour rendre compte de son état émotionnel.

C’est un changement qu’opère Why?, et que le groupe signifie dès « Crushed Bones », un premier titre où Yoni Wolf semble lassé d’une vie de tournées soutenue par la cocaïne (c’est cette existence sur la route, après tout, qui lui vaut les chagrins d’amour racontés par « Yo Yo Bye Bye »), et où il dit adieu au vieux look hip-hop en passant, d’un même souffle ou presque, du rap au chant.

Why? vire l’indie rock, donc. Mais ne comptez pas sur ce chanteur / groupe pour en faire comme les autres. Aux mélodies des guitares et aux harmonies vocales, répondent les surprises et les étrangetés qui ont fait le quotidien d’Anticon. Des surprises musicales bien sûr. Comme chez cLOUDDEAD, des chansons à tiroir, comme le charmant « Sanddollars », où l’on ne distingue plus les couplets des refrains. Mais des surprises textuelles aussi, avec des paroles, comme celles du charmant « Speech Bubbles », difficiles à décrypter, surréalistes, sujettes à de savantes exégèses.

A l’époque, cet album est accueilli avec beaucoup de scepticisme. Qu’arrive-t-il dont à Anticon ? Pourquoi ces avant-gardistes invétérés renouent-ils avec les vieilles scies du rock ? Mais comme souvent, il faut du temps aux gens pour digérer les bons plats. Quelques années plus tard, quand sortira Alopecia et que cet album consacrera tout ce qu’avait inauguré son prédécesseur, ce sera un triomphe critique. Yoni Wolf entrera alors une bonne fois pour toutes dans la cour des grands. Et ces grands, franchement, on se moque bien de savoir s’ils sont rappeurs ou chanteurs.

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