EDAN – Primitive Plus LP
Version originale sortie en 1999.
Version « plus » sortie le 19 mars 2002,
chez Lewis Recordings.
Sorti chez les Anglais de Lewis Recordings en 2002 (les seuls, sans doute, à avoir osé prendre des risques avec un tel OVNI), Primitive Plus est la version enrichie d’un EP qui a été une sensation underground autour de 1999. Edan, son auteur, appartient alors à une espèce en plein essor sur la scène rap indé : celle des hommes à tout faire. Ici, l’ancien étudiant au Berklee College of Music de Boston prend tout en charge : rap, production, scratches, conception de certaines pochettes… Et comme souvent en pareil cas, le résultat ressemble à une démo enregistrée au fond de la cuisine.
Ces accents lo-fi, toutefois, ne jurent pas, le projet d’Edan Portnoy étant de réinvestir la old school, de la remettre au goût du jour, avec des clins d’œil aux idoles du passé, Kool G Rap, KRS-One, Rakim, Slick Rick et le Kool Keith période Ultramagnetic MC’s, qu’il imite à la perfection sur son « Ultra 88 Tribute ». Notre homme l’a démontré l’année d’avant avec sa mixtape Fast Rap : il est un érudit, un connaisseur, un archiviste du hip-hop, qui adule les rappeurs de la fin des années 80.
Pour autant, pas de nostalgie creuse façon Jurassic 5 sur ce premier album officiel. L’hommage est rempli de distance, d’humour et de dérision quand, par exemple, Edan se joue du cliché du rappeur crackomane (« Emcees Smoke Crack »). Des années 90, il a retenu quelques sons électroniques, et il se montre plus drôle et percutant que les gentils revivalistes californiens quand il critique les Internet MCs (« Key Bored »), quand il se lâche sur une instru jouissive et déglinguée (« Rapperfection »), quand il laisse les instruments s’exprimer seuls (« A.E.O.C. »), quand il réinvente l‘égo-trip (« Mic Manipulator ») ou quand il proclame tout son mépris pour le rap actuel en samplant le chant d’un gosse japonais, sur l’époustouflant single « Sing it Shitface » :
Instead of R&B bitches, I do my hooks with Japanese kids.
Au lieu des putes du R&B, je fais mes refrains avec des gamins japonais.
Avec Edan, c’est comme si le hip-hop avait pris une autre voie en sortant de la décennie 80. C’est comme s’il ne s’était jamais préoccupé de roucoulements R&B et de gangsters en toc. Notre rappeur blanc repart à zéro, et il excelle à faire du neuf avec du vieux. Il le prouvera encore plus tard avec un autre bijou rétro-futuriste, un Beauty & The Beat où il s’emploiera à explorer la pop psychédélique des années 60, et à l’actualiser pour la génération hip-hop des années 2000.