PAYROLL GIOVANNI – January 30th
Sorti le 30 janvier 2019,
chez BYLUG Entertainment.
A force de se pencher sur tous ces rappeurs captivants que Detroit dégurgite sans arrêt, on en oublierait presque ceux par qui tout a commencé. Or, parmi ceux-là, figure incontestablement Payroll Giovanni. Certes, d’aucuns prétendront qu’ils suivent cette scène depuis Blade Icewood, mais en vérité, c’est quand les Doughboyz Cashout ont été parrainés par Jeezy que l’on a commencé à vraiment s’y intéresser. Et au sein de ce groupe, comme il allait le démontrer avec l’excellent solo Stack Season, Dior Giovanni Petty surnageait. A tel point qu’il a maintenant rejoint Def Jam, après avoir élargi son public grâce aux deux projets Big Bossin, avec l’appui de Cardo.
Ces collaborations ont accru la notoriété du rappeur. Mais à vrai dire, elles sont à contre-emploi. Avec leur production plus ensoleillée, elles sont infidèles au son glacial de Payroll Giovanni et de sa ville. Cependant, en début d’année, January 30th marque un retour réussi à la formule originale. Celle qui sied à ce rappeur qui, sur le percutant « Rap Shit », prétend qu’il n’a au fond rien à faire du rap, que son truc c’est le crime, et qu’il peut s’enrichir en un instant. Celle, sèche, dure et nerveuse, qui se consacre au thème de la réussite matérielle, le seul ou presque de ce projet.
Sur « Keep Count », Payroll Giovanni dit préférer la richesse à la célébrité. Sur « Do What I Do », il est un nabab qui achète des Benz comme d’autres achèteraient des chaussures. Sur « Boss Shit », il se dépeint en parrain du ghetto, détesté par certains proches, mais respecté de ses ennemis. Sur « Still Run The City », le propos est toujours le même, mais appuyé par trois autres rappeurs. Et quand Payroll Giovanni tombe amoureux sur la chanson R&B syndicale, « On Her Own », c’est parce que la femme de ses rêves est pleine aux as. Le seul moment où l’argent passe à l’arrière-plan, c’est sur « Decent », un finale sans pause ni refrain où Payroll Giovanni brosse son portrait, celui d’un garçon de la rue, mais doté de valeurs, fidèle aux siens et la conscience tranquille.
Il y a un côté rétro dans la musique tendue et les nappes de synthé qu’affectionne Payroll Giovanni, des réminiscences de l’ère bounce, de l’époque où l’on parlait de rap bling-bling, une définition qui convient parfaitement au sien. Cependant, il n’y a pas une once de passéisme. Au contraire, tout sonne actuel. Surtout quand s’y joignent des moments décisifs, tels que le jeu à deux auquel l’intéressé se livre avec Chaz Bling, sur « Do What I Do », cette litanie de tout ce qu’il cherche à améliorer dans sa vie, sur « Upgrade », ou encore le piano de ce « Rap Shit » décidément si efficace, le morceau le plus lent et posé de ce January 30th, et pourtant le plus mémorable.