EPIC – 8:30 In Newfoundland

EPIC – 8:30 In Newfoundland

Sorti le 1er août 2001,
chez Clothes Horse Records.

Epic, sans nul doute, n’est pas votre rappeur habituel. Jugez plutôt.

Domicilié dans le Saskatchewan (Canada), il a la trentaine (un âge canonique à l’échelle du rap), il est diplômé en sciences politiques, il cultive une apparence de dandy timide en pull-over et il chantonne presque plus qu’il ne rappe. Sur son premier album, Epic se consacre avant tout à lui-même et à ses états d’âmes. Même quand il évoque un tragique fait divers au cours duquel de malheureux Indiens de Saskatoon se sont fait massacrer, il choisit l’auto-fiction et le raconte du point de vue de la victime. Avec, et c’est cela qui sauve la mise, un certain talent pour passer continûment de l’extrême ingénuité, feinte ou réelle (peu importe), à l’auto-dérision :

I’m so hip hop I freestyle my resume.

Je suis si hip-hop que je freestyle mon CV.

Les sons de 8:30 in Newfoundland, à deux exceptions près, sont tous assurés par Soso, auteur avant cela d’un Sour Suite EP dans les mêmes eaux. La patte de ce dernier est d’ailleurs très rapidement reconnaissable pour qui a déjà entendu ses oeuvres : une électroniquerie solitaire et en déshérence (« Fast Words Slow »), comme ça ; et sinon, plus souvent, le son dépouillé d’une guitare acoustique. Et cela fonctionne. Qu’il soit répété en boucle, relayé par d’autres dans un crescendo (« Midnight Run »), agrémenté par quelque mandoline (« Thought Process ») ou articulé en plusieurs mouvements (« Live From The Saskatoon Club »), le beat fait mouche.

Ce disque, toutefois, souffre d’un gros défaut, un défaut qui n’a rien d’original, puisqu’il est partagé par 50% des albums qui sortent de nos jours : les « featuring ». Les invités d’Epic et de Soso ne sont certes pas les plus dégueulasses. Ils se composent notamment de John Smith et de Pip Skid, de l’excellent label de Mcenroe, Peanuts & Corn. Mais voilà, les beats sobres et tous nus de Soso et le rap faussement naïf d’Epic se marient tellement bien qu’on aurait préféré qu’ils se prolongent ainsi et qu’ils se tiennent à l’écart de cette foule qui vient bêtement alourdir l’ensemble. Sans parvenir, heureusement, à transformer 8:30 In Newfoundland en autre chose qu’un bon album.

PS : l’album a été réédité vingt ans après sa sortie, avec une nouvelle pochette.

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