ZUKENEE – Slaytanic
Sorti le 25 avril 2025,
chez Slaylife LLC.
Le petit truc de Zukenee, le rappeur d’Atlanta, c’est l’imagerie médiévale. Actif depuis le début de la décennie, apparu avec Stop Playing en 2023, sur le devant de la scène depuis le run Player Slayer, Guillotine et Birth of St. Slay en 2024, Azize Fard aime s’afficher avec des épées, des heaumes, des gantelets de fer, des cottes de maille et ce genre de choses. Allez savoir pourquoi.
Sur Slaytanic, le champ lexical de la heroic fantasy est bel et bien exploité, mais avec parcimonie. Seul « In The Woods », cette conclusion qui se termine par un solo de violon (et où se lit une critique de la gentrification) joue pour de bon de cette imagerie. Ce qu’il faut retenir en vérité de cet album de Zukenee, l’un des deux qu’il a sortis l’an dernier, c’est que c’est de la trap à papa. Le rappeur connait ses classiques. Il le nous ramène à la première époque de ce genre musical, celle qui s’est échelonnée, en gros, de Gucci Mane à Bankroll Fresh, avec OJ Da Juiceman au milieu.
A mesure que l’album progresse, des signes épars de modernité reviennent. La bizarrerie de « Sticks & Swords », ou plus tard la musique électronique qui casse bien la tête de « Spontaneous Slay », nous ramènent quelques instants à la seconde époque, celle de Playboi Carti. Mais c’est à peu près tout. Pour le reste, Zukenee nous renvoie bel et bien au Moyen-Age de la trap music.
Ce sont ses thèmes qui sont abordés ici : les filles et le sexe, avant toute chose, et puis sinon l’argent, les diamants et les chaînes en or, les poignets bien exercés et les rivaux qui ne valent pas tripette. Et ils le sont comme il se doit, de manière abusée et ouvertement débile, sur des jolies petites mélodies qui font dodeliner de la tête (« Cut Ya Hand », « Nun », « Yoga ») et des pianos à la Zaytoven (« Game Winner »). Zukenee use de vieilles métaphores éculées, celle des montagnes de billets dont on tombe éperdument amoureux (« Bromance »). Le mimétisme est confondant, sur « Stoopid Fool » par exemple, de la pure trap vintage à la mode de la fin des années 2000. Et franchement, le délire Donjons & Dragons mis de côté, qui aurait motif de s’en plaindre ?