BEASTIE BOYS – Ill Communication

BEASTIE BOYS – Ill Communication

Sorti le 23 mai 1994,
chez Grand Royal et Capitol Records.

En 1994, Ill Communication marque un tournant dans la carrière des Beastie Boys. A savoir que, désormais, il n’y a plus de tournant. Alors que, jusqu’ici, le trio s’est réinventé à chaque nouvelle sortie, de rockeurs punks à sales rappeurs braillards, de génies du sample à multi-instrumentistes rétro, il en reste maintenant au dernier stade de son évolution Pokémon, celui de Check Your Head, l’album précédent. Plus aucune de leurs œuvres ne s’écartera de cette posture de musiciens éclectiques brassant en un grand tout branché funk, jazz, rock et hip-hop old school. Les trois New-Yorkais se sont semble-t-il trouvés, une bonne fois pour toutes. Et le grand public, lui, les a retrouvés, cet album renouant avec le succès du premier, dix ans plus tôt, Licensed to Ill.

Ill Communication est le second opus des Beasties à atteindre le sommet du Billboard. Portés par une nouvelle ère, ils retrouvent alors une immense popularité. Au milieu des années 90, en effet, les jeunes Américains ont deux grandes passions musicales, d’un côté le rock alternatif, et de l’autre le rap. Or, le trio a été pionnier dans les deux. Et il n’a pas son pareil pour les concilier, comme sur le single monumental qui porte l’album, le bruyant et l’imparable « Sabotage », un morceau d’autant plus efficace qu’il est soutenu par une vidéo culte mise en scène par un Spike Jonze au début de sa carrière, et délicieuse avec sa parodie de vieille série policière.

Ce titre, toutefois, n’est pas le seul à marquer les esprits.

Les deux opus précédents sont souvent les préférés des esthètes, mais à leur différence Ill Communication enchaîne les tubes. Outre « Sabotage », il y a « Sure Shot » avec sa flûte et son « cause you can’t, you won’t and you don’t stop » récité à trois voix, deux éléments irrésistibles qui, en plus d’ouvrir le single, en font de même avec tout l’album. On y trouve par ailleurs « Get It Together », avec l’intervention savoureuse de Q-Tip, aussi bon que du très grand A Tribe Called Quest. Et puis, il faut compter aussi sur ce « Root Down » jazzy et funky à souhait.

Quant au reste, il consacre la formule bigarrée inaugurée sur Check Your Head, avec ces futures constantes dans la carrière des Beasties : les hommages nostalgiques aux origines du hip-hop avec ce « B-Boys Makin’ with the Freak Freak » qui sample Rammellzee et qui évoque leurs débuts ; les instrus rétro et funky (« Bobo On The Corner », « Sabrosa », les jolis « Ricky’s Theme » et « Transitions ») ; l’amalgame en un tout cohérent de plusieurs genres (reggae, funk, rock et percussions latines sur « Futterman’s Rule ») ; d’autres surprises encore tel le violon oriental de « Eugene’s Lament » ; ou simplement du rap, mais avec le sample qui tue (« Flute Loop »).

Tout cela confirme que les gueulards d’antan sont devenus maintenant des esthètes, que la bestialité a définitivement laissé place à l’art. En dépit de ses décharges d’énergie juvénile, malgré la présence marquée de saillies hardcore issues de leur jeunesse punk (outre « Sabotage », il y a « Tough Guy » et « Heart Attack Man »), Ill Communication laisse voir des adultes. Maintenant presque trentenaires, les sales gosses de la décennie précédente se préoccupent de féminisme (« Sure Shot »), d’écologie (« The Update ») et de bouddhisme (« Shambala », « Bodhisattva Vow »). Sur ce même « Sure Shot », MCA nous parle même de ses cheveux grisonnants.

Recourant intensément au name-dropping, ils enfilent aussi les références musicales et culturelles : outre des basketteurs et un acteur porno, sont cités Dr. John, Lee Dorsey, Lee Perry, Dick Hyman, The Meters, Archie Shepp, Yusef Lateef, les Blackbyrds, Elvis Costello, Buddy Rich, Billy Joel, Pretty Purdie, et ce Biz Markie invité ici-même. Mike D, MCA et Ad-Rock montrent qu’ils sont les produits des milieux bohèmes cultivés de New-York et de Californie, leurs deux lieux de résidence. Au terme de la croissance observée dès les deux derniers opus, les Beastie Boys se sont mués en Beatsie Boys, comme ils s’appellent eux-mêmes sur « Root Down ». Et on a peu perdu au change.

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The Notorious S.Y.L.V.

The Notorious S.Y.L.V., a.k.a. Codotusylv, écrit sur le rap et tout un tas d'autres choses depuis la fin des années 90. Il fut le fondateur des sites culte Nu Skool et Hip-Hop Section, et un membre historique du webzine POPnews. Il a écrit quatre livres sur le rap (dont deux réédités en version enrichie), chez Le Mot et le Reste.

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