ICEWEAR VEZZO – Price Goin Up

En 2014, Eminem clôture sa compilation Shady XV par « Detroit Vs. Everybody », un hymne à la scène de Detroit où l’accompagnent Royce da 5’9″, Big Sean, Danny Brown, Dej Loaf et Trick-Trick. Mais comme ce n’est là qu’un tout petit échantillon des artistes rap de la Motor City, un remix apparaît plus tard, avec une quinzaine d’autres figures locales. Les plus célèbres, Guilty Simpson, Black Milk, Boldy James, proviennent de la scène traditionnelle de la ville, celle ancrée dans le boom bap et dans la tradition backpacker. Mais quelques autres s’y expriment, plus modernes, plus représentatifs du son très différent qui domine alors les rues de Detroit, notamment un certain IceWear Vezzo.
Ce dernier n’est pas un inconnu dans sa ville. Cela fait un moment qu’il s’y agite. Au début de sa carrière, Chivez Smith est d’abord l’extension à Detroit des Green Guyz, un groupe familial basé dans le Minnesota. Puis au début des années 2010, il se lance en solo avec tous types de sorties, dont les mixtapes de la série The Clarity, et il se fait connaître pour d’autres activités comme l’ouverture d’un restaurant spécialisé dans les gallinacés, Chicken Talk. Mais ce n’est qu’en 2016 qu’il devient visible au-delà de ses bases, avec l’album Moon Walken. Le rappeur y diversifie son style avec le renfort des producteurs d’Atlanta Zaytoven et TM88. « Angel Wings », une collaboration avec Gucci Mane, suit en février 2017. Et en mai la même année, alors que Detroit devient la scène rap la plus excitante du pays, IceWear Vezzo, bien qu’en prison, apporte une autre pierre à l’édifice avec Price Goin Up.
Cette sortie recèle ce que cette scène a de plus marquant : un gangsta rap communautaire, ardent et viscéral, déclamé avec urgence, agressivité et appuyé par une musique implacable, rapide et très électronique. IceWear Vezzo se montre particulièrement intense quand il use de cette formule, comme avec le tube « Freedom Of Speech ». Mais il ne s’interdit pas quelques instants plus pausés et plus pesants, voire mélodiques, comme avec « Ready For It », Still Here », « Show You Niggas », « Flash », « Water », le chant de « When I Was Down » ou bien le superbement mélancolique « Life On Da Line ». Accessoirement, cette sortie confirme aussi les liens solides qui unissent Detroit aux scènes de Californie, laissant place à Philthy Rich, Mozzy et AD, en plus de prodiges locaux comme GT sur l’excellent « Know Better », ou bien encore Babyface Ray. Sans temps mort ou presque (la fin souffre tout de même d’une perte de régime), Price Goin Up contient tout ce qui distingue le Detroit d’aujourd’hui, tout ce qui en fait le centre trépidant du rap, en cette fin de décennie 2010.