CEO TRAYLE – Happy Halloween 3
Sorti le 30 octobre 2020.
C’est établi. Depuis 2018, quasiment tous les ans le 30 octobre, CEO Trayle sort un album (ou mixtape, ou projet, ou sortie, on ne sait plus) intitulé Happy Halloween. S’il faut en choisir une d’une importance toute particulière, alors il s’agit de la troisième édition, celle de 2020. Elle apparaît au moment où émerge le rappeur d’Atlanta, celui de la sortie officielle de « OK Cool », le morceau de la révélation. Celui où en conséquence, par l’intermédiaire de Gunna, le rappeur rejoint le collectif YSL, trouve son chemin dans les médias puis collabore avec Doe Boy ou BabyFace Ray.
« OK Cool », c’est une histoire de fille, une chanson de rupture brutale, et c’est un très bon titre. Mais c’est à raison que CEO Trayle s’est irrité de voir ce morceau le définir, car il est plutôt à part dans son répertoire. Son registre est bien plus large. Cet homme né dans à New-York, installé un temps dans l’Alabama, désormais basé à Atlanta et fasciné par la drill de Chicago défend une musique plus éclectique, à l’image de ce parcours. Il cite autant 50 Cent que Gucci Mane, Rocko et Chief Keef. A partir de ces influences, il a développé son style rien qu’à lui. On le découvre dès le début de Happy Halloween 3. Le titre « Dead President » le montre tout de suite, avec son piano en boucle, son sample de voix pitché, ses thèmes trap music et ses grosses basses façon UK drill.
Si malgré tout, il faut trouver une constante chez CEO Trayle, c’est cette ambiance menaçante entretenue par sa voix sourde mais précise. Bien sûr, c’est le jeu, le rappeur célèbre Halloween, alors il nous dégaine des titres appelés « Demons », « Cutt Off The Head » ou « Hell Date ». Mais c’est aussi plus profond que ça. Ce qui sous-tend son rap, c’est le grand épisode traumatique de sa vie, ce jour de la fête nationale, le 4 juillet 2013, quand un malfrat a fait irruption chez lui, qu’il lui a tiré dessus à sept reprises et que le rappeur ne s’en est sorti qu’en tuant cet agresseur.
Ce moment, CEO Trayle y fait référence au début de « Alter Ego », un dialogue avec son double maléfique sur fond de guitare acoustique, qui renforce cette lourde atmosphère. Il affleure dans sa paranoïa, dans sa tentation des drogues et dans ces visions d’un ghetto cauchemardesque qui rappellent les moments les plus nihilistes de la drill. Et puis, indirectement, dans sa volonté de protéger ce fils dont il parle brièvement sur le très bon « Scandal », l’autre raison pour laquelle CEO Trayle a préféré devenir le rappeur que l’on sait, l’un des plus singuliers d’Atlanta.