VINCE STAPLES – Shyne Coldchain Vol. 2
Sorti le 13 mars 2014,
chez Blacksmith Records.
La dernière mixtape de Vince Staples n’est pas ce à quoi on pourrait s’attendre de la part d’un proche d’Odd Future. Le collectif californien s’est fait un nom par son nihilisme, ses provocations et son esprit jackass, mais c’est tout le contraire que nous propose le rappeur de Long Beach. Cette suite au Shyne Coldchain de 2011 ne révèle rien d’autre que du rap « conscient ». Elle dévoile des paroles réfléchies, engagées et critiques sur l’univers du ghetto. De plus, les sons sont assurés pour l’essentiel par No I.D., le producteur d’un album fondateur de cette tendance (le Resurrection de Common), devenu depuis l’un des responsables de Def Jam, un label que Vince Staples vient de rejoindre.
Le titre le plus emblématique de cette orientation, c’est « Nate », quand Staples parle du mauvais exemple qu’a été pour lui un père criminel, autrefois idolâtré. Mais ailleurs aussi, il adopte cette posture critique. Il s’y met dès « Progressive 3 », parlant du racisme et de la condition des Afro-Américains, quand il décrit sans glorification les affres d’une vie et d’une personnalité façonnées par le ghetto, sur « Turn » par exemple, ou quand il achève le tout en se penchant sur ses problèmes sentimentaux (« Earth Science »). Et si « Humble » explore une toute autre routine du rap, celle de l’égo-trip, on sait que cet exercice n’a jamais été incompatible avec un parti-pris responsable.
Avec ses chantonnements récurrents en arrière-plan, pas tout à fait nu-soul, mais pas éloignés de ce style (« Progressive 3 », « Locked & Loaded », « Oh You Scared », « Nate », « Turn », « Earth Science »), et bien sûr avec No I.D. aux manettes, les sons sont à l’avenant des paroles. Et ils sont convaincants. « 45 », par exemple, s’engage avec succès dans le cloud rap. « Trunk Rattle » est minimaliste mais éloquent. Les guitares psychés de « Shots » fonctionnent. Et le finale de « Earth Science » est mélancolique à souhait. Même l’arrière-garde de l’underground californien, Evidence et DJ Babu de Dilated Peoples, nous contente avec la production éthérée de « Progressive 3 ».
Il y aurait presque quelque chose de suspect dans ce positionnement, un côté calculé dans ces sons maîtrisés, dans cette attitude de rappeur adulte et mature, et même dans cette manière de recycler le nom de la mixtape qui a fait autrefois connaître Vince Staples. Comme si, maintenant qu’il était chez Def Jam, on le préparait à offrir un visage plus respectable à la critique généraliste et au grand public. Mais pour le moment, et c’est au fond la seule chose qui importe, cette sortie gratuite de dix petits morceaux et de moins d’une demi-heure apporte une très grande satisfaction.