SONTIAGO – Steel Yourself
Sorti le 27 novembre 2007,
chez Endemik Music.
Cela fait un petit bout de temps que l’on suit la scène du Maine par ici, mais sans grande conviction. En s’envolant pour la Californie, les fondateurs d’Anticon n’ont laissé que quelques miettes à leurs copains restés sur place. Les disques sortis là-bas par le label Milled Pavement sont certes tous intéressants et personnels, ils ont quelques bonnes idées, mais il leur manque toujours de la finition, de la constance. Jusqu’à ce que Sontiago, responsable par le passé d’un album déjà très appréciable, Abuse My Adoration (et épouse dans le civil de JD Walker, ancien comparse de Sole au sein des Live Poets), ne signe chez Endemik la meilleure chose sortie en 2007 par le label basé à Montréal.
Avec ce disque, les choses deviennent sérieuses. Associée à un label mieux exposé que le précédent, secondée par des beatmakers de choix (Maker, Alias et Xczircles, entre autres), signalée par URB comme l’un des espoirs rap pour 2007, Sonya Tomlinson a mis toutes les chances de son côté. Et cela fonctionne. Même si ce rap émancipé ne surprend plus quand il vire indie rock, quand il sonne jazzy (« Hollow »), quand il exploite une complainte orientale (« Hold on Me ») ou quand il verse dans de grandes cordes à la Melody Nelson (« I Spy Fake »), même si son introspection féminine est attendue, la voix de Sontiago, son ton, ses mots et la liberté avec laquelle elle passe des chantonnements aux raps les plus tranchants, tout cela se montre assez personnel pour emporter l’adhésion.
Son album monte peu à peu en puissance, tant avec les raps (à noter l’intervention d’un Bleubird toujours en verve sur « Crush The Rainbow », et le numéro à deux avec l’amie dilly dilly sur « Hide’n Seek »), qu’avec les beats. Dans cette seconde moitié supérieure à la première, deux morceaux se distinguent. Le premier est ce « Force It » déclamé à la deuxième personne du singulier, renforcé idéalement par un piano, par le chant lyrique d’Amie Lavway et par le refrain de Sontiago :
You can’t change who you are born to be,
When there’s a will, there’s a way.
You can’t force it.
… le second est le somptueux « Old Orleans » qui, sur un texte de Curtis Mayfield, rend hommage à un sauveteur de la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina. Deux titres supérieurs pour un album qui est peut-être le meilleur de 2007, rayon rap de Blanc(he) éclectique et porté sur l’introspection.