NOAH23 – Quicksand
Sorti le 18 mai 2002,
chez Plague Language Records.
Depuis leur émergence, le rappeur Noah23, le producteur The Orphan et leurs congénères du label canadien Plague Language divisent les amateurs de hip-hop indé. Quand certains voient dans les oeuvres de ces gens un renouvellement salutaire et une forme aboutie de rap avant-gardiste, d’autres, plus sceptiques n’y trouvent qu’un insignifiant et pénible rap de hippy. Soudainement disponible en France et en Europe après une première carrière en 2002 dans l’underground hip-hop, l’album Quicksand, le deuxième de Noah23, montre comme souvent une vérité intermédiaire.
Comme son prédécesseur Neophyte Phenotype, Quicksand pousse dans ses retranchements le college rap de ces derniers années. Les productions sont variées, osées. Elles n’hésitent pas à se frotter à la drum’n’bass et elles affichent une prédilection fréquente pour la guitare acoustique (Noah 23 ne reconnaît-il pas écouter Simon & Garfunkel sur « Volapuk », avant de citer les Peel Sessions ?). Le emceeing s’avère tout aussi éclectique, avec un phrasé élastique porté sur les changements de rythme et des paroles particulièrement alambiquées, indubitablement inspirées par les expériences narcotiques du rappeur et par son épais dictionnaire. Constatez-le par exemple avec cet extrait inouï de « Imhotep » (recopié, pas déchiffré, fort heureusement) :
Molly ringwald glossolalia ganglion
Halcyon vector crescendo. diagnol anchor
Canker sore. faith no more. one in the chamber
Rotisery oblivion. slingvolt shiskabob
Squeeky fromme. symbiot
Kilopascal slackjaw alfalfa sprout
Working the graveyard paradigm shift
Noah 23 et ses producteurs remplissent le cahier des charges du parfait disque underground. Quicksand est riche comme il faut, varié, extraordinairement inventif, il regorge de détails. Et pourtant (est-ce la faute d’une poignée de facilités musicales, de guitares ou de pianos grossiers ?), il peine à décoller. Seuls quelques titres (« Saw Palmetto », « Octave », « Hourglass », « Imhotep ») ou quelques passages (l’orgue qui déboule au milieu de « Banded Hairstreak ») sont véritablement mémorables. Le reste est joli, il est arty. Mais il est rarement substantiel.