JOHN GLACIER – Like A Ribbon

JOHN GLACIER – Like A Ribbon

Sorti le 14 février 2025,
chez Young.

Une femme, jamaïcaine d’origine mais londonienne jusqu’au bout des ongles, qui porte un nom d’homme, est modèle à ses heures, fréquente des gens comme Jamie xx, se fait produire par Vegyn, pose sur de la musique électronique et se définit comme une poétesse. Cette description permet de se faire une idée sur ce que John Glacier nous réserve : la même chose, modernisée, que toutes les Grace Jones qui l’ont précédée. Du post-punk, du post-rap, du post-moderne.

Les premières traces musicales de John Glacier remontent à 2017 et au morceau “Broken Macbook”. Mais c’est en 2021, à l’occasion de son premier album, SHILOH: Lost For Words, qu’elle se fait un nom. Et puis en 2024, une autre de ses sorties marque quelques esprits, le EP Like A Ribbon. Il ouvre alors la voie au succès critique de l’album du même nom, qui en 2025 en reprend les morceaux et qui les mêle à ceux de deux autres projets, Duppy Gun et Angel’s Trumpet.

« Satellites », le premier titre, nous montre tout de suite où nous nous aventurons. Pas vraiment dans du rap, mais dans du spoken word à propos de déboires sentimentaux, déclamés d’un ton triste et neurasthénique sur des grosses basses post-punk atmosphériques. Même chose sur le suivant, « Don’t Cover Me ». On y entend des guitares sourdes et de la musique électronique, mais bien peu de hip-hop, à vrai dire. On ne s’y approche que de très loin, comme quand, sur « Dancing In The Rain », Evilgiane vient délivrer l’une de ses mélodies électroniques de poche maison

Les thèmes du rap ne sont là que par résidus (celui de l’argent et du luxe sur « Money Shows », des bribes d’égo trip sur « Emotions » et sur « Found »), sans le ton fier et glorificateur de mise. Bien au contraire. Les paroles sont froides, mécaniques, désincarnées et sans doute ironiques, et ce sont surtout ses insécurités, que la rappeuse explore. Ce qu’elle expose, ce sont ses doutes et ses incertitudes (« Nevasure »). L’abandon et la résignation sont là, qui déteignent sur la manière avec laquelle John Glacier récite ses petits poèmes. Une manière morne, absente et monotone.

Tout cela nous emmène parfois au bord de l’ennui. Mais John Glacier sait se rattraper avec la musique, produite pour une bonne part par elle-même et par Kwes Darko, le collaborateur de Slowthai. A rebours de titres plutôt ternes comme l’apathique « Steady As I Am » et comme « Ocean Steppin’ » (une collaboration avec Sampha), on trouve ici la lente montée de tension de « Money Shows », les synthés obsédants de « Emotions » et la guitare à la The Cure de la chanson d’amour « Home », entre autres. Et puis il y a aussi le joli finale tout en murmure et en guitare acoustique de « Heaven’s Sent ». C’est arty et ça plait beaucoup aux critiques rap qui n’aiment pas le rap. Mais cela prouve que John Glacier est bien plus qu’une gravure de mode.

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The Notorious S.Y.L.V.

The Notorious S.Y.L.V., a.k.a. Codotusylv, écrit sur le rap et tout un tas d'autres choses depuis la fin des années 90. Il fut le fondateur des sites culte Nu Skool et Hip-Hop Section, et un membre historique du webzine POPnews. Il a écrit quatre livres sur le rap (dont deux réédités en version enrichie), chez Le Mot et le Reste.

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