Un bébé peut parfois en cacher un autre. Skilla Baby, en effet, est apparu dans la foulée de Sada Baby. Il s'est fait connaître sur son label, Big Squad, dès la sortie de la révélation, Push That Shit Out Skilla, en 2019. Et ils ont livré l'année suivante une mixtape en commun, Carmelo Bryant. Cette connexion, Trevon Gardner, de son vrai nom, la maintient encore en 2021, Sada Baby intervenant sur plusieurs morceaux de son projet le plus significatif de l'année, Standing On Business, un album gargantuesque de 23 plages et de 70 minutes, dont la particularité est de nommer un nombre substantiel de ses titres d'après des personnalités diverses et variées, telles qu'Eazy-E, Summer Walker, Jimi Hendrix, Billy Eilish, James Brown et Busta Rhymes.

SKILLA BABY - Standing On Business

Les titres avec son parrain sont souvent mémorables, le style posé de Skilla Baby complétant parfaitement celui, halluciné, de Sada Baby. Comme lui, il alterne constamment entre deux tonalités, l'une faussement calme, et l'autre surexcitée. Mais il rappe aussi plus doucement. Il murmure, il chantonne même, comme sur "Don't Trust Nobody" et le mélodique "Dior". Et quand les deux s'expriment ensemble, ça aboutit à de plaisants jeux de passe-passe, comme sur " Billy Eilish'", ou le tendu " Sharklato", où les deux hommes jouent d'un crescendo, gagnant en fébrilité à mesure que progresse le morceau. Seul le mollasson "ACT3", avec Ashley Sorrell, la cousine de Sada Baby, peine à reproduire cette alchimie entre les deux bébés de Detroit.

Mais ce n'est pas tout. Au milieu de plages plus anodines, parmi cet ordinaire fait de billets, de deal, de sexe, de vilaines filles, de paranoïa et de "niggas" pas fiables, Skilla Baby dégaine des titres nerveux tels qu'on les aime à Detroit, avec leurs nappes, leurs pianos et leurs pulsations électroniques, voire leurs cloches, par exemple "Summer Walker", "James Brown", "Busta Rhymes", "Jayla", "WETM", "Uncle Dude" et l'excellente conclusion de "Grandma Sandra". Il réussit aussi ses duos avec d'autres notoriétés locales, comme Nuk sur "Jimi Hendrix", ou Boldy James sur "The Jackson 2" (avec un enfant appelé Lil Boldy : le fils de l'autre ?). Il propose un album typique de l'endroit, comme il en sort, heureusement, des dizaines : générique, très inégal, sans tri ni filtre, et pourtant dans l'ensemble satisfaisant, et par endroits jubilatoire.

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