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GLOKKNINE - Bloodshells Revenge

, 23:03 - Lien permanent

Un sous Kodak Black. Voilà à quoi ressemble Jacquavius Smith, de prime abord. Floridien, comme l'autre, ce résident d'Orlando sévissant sous le nom de Glokknine cumule les points communs avec lui. Il a eu beau rejeter la comparaison et proclamer être lui-même sur "Talm Bout", l'un de ses derniers singles, la vérité est qu'il a le même accent, la même voix rauque et marmonnée, la même énonciation concassée. A 17 ans, il a à peu près le même âge que l'autre à ses débuts. Même ses cheveux hirsutes évoquent l'homme de Pompano Beach. Et bien sûr, le très jeune homme a lui aussi un pédigrée de délinquant. Début octobre, par exemple, deux mois après qu'il se soit placé sous les grandes ailes de Birdman et de Cash Money, il a été arrêté pour port d'arme, vol, et autres broutilles de cette espèce.

GLOKKNINE - Bloodshells Revenge

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Mais qu'importent ses démêlés judiciaires. 2018 est l'année de Glokknine. Il l'a marquée à ce jour de trois projets, Kold Face Kold Kase, Bloodshells Revenge et Loyalty Kill Love. De ces sorties, toutes trois inégales, la seconde est sans doute la meilleure. Elle est celle, en tout cas, où l'on trouve ses grands singles : "I don't Need no Help", une pure décharge d'affirmation de soi à la mode adolescente ; et un "Crayola" très rue et serti de menaces. En toute logique pour un homme dont le pseudonyme vient du nom d'un flingue (écrit avec deux "k" pour signifier "kill kill", comme il le spécifie sur le morceau "Rickie Fowler" - le 9, lui, se réfèrerait à la chaine de télé locale), la violence forme toujours l'arrière-plan de ses paroles.

Mais Glokknine a des textes plus intriqués que l'autre. Ce sont des sortes de freestyles délivrés avec l'argot local, comme dans le cas de ce "10 Percent" écrit en prison, peut-être le meilleur titre de Bloodshells Revenge. Le jeune rappeur affiche aussi une propension pour les jeux de langage que ne manifestait pas toujours Kodak Black, comme sur "Az-Za", un titre déjà présent sur Kold Face Kold Kase; dont chaque vers commence par une lettre de l'alphabet, dans l'ordre pour évoquer des femmes qui ont traversé sa vie, puis à rebours pour nous parler de ses homies. Par ailleurs, son style ne se résume pas à une formule : il navigue des grosses basses violemment minimalistes de "RocknRoll", à des passages plus coulants, comme ce "Slide" interprété avec un autre rappeur émergent de Floride, 1WayFrank ; ou bien, sur "Chain Gang", il sample fort à propos "Work Song", ce vieux parallèle entre l'esclavage et la prison établi autrefois pas Nina Simone.

Un sous Kodak Black. Oui, de loin Glokknine ressemble à cela. Mais il n'est pas une copie conforme. Il en est plutôt la déclinaison, ou l'évolution. Et être la déclinaison de ce qui pourrait bien être le rappeur le plus important de notre temps, ce n'est pas si mal que ça. A écouter ses compères RugRatOD et LPB Poody s'exprimer de la même façon que lui sur "RocknRoll", on se dit qu'il ne s'agit là plus du tout d'imitation, mais de toute une nouvelle école de rap qui se dévoile sous nos yeux.

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