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BWP - The Bytches

, 23:12 - Lien permanent

Les filles du rap ont fait comme les garçons. Ces termes injurieux qu'on leur adressait, elles se les sont très tôt appropriés, elles en ont même fait leur étendard. Dès la fin des années 90, cela a été le cas des H.W.A., les Hoez With Attitudes, ces protégées d'Eazy-E qui troquaient donc le mot de nègre, nigga, revendiqué bien fort par N.W.A., pour celui de trainée, de fille facile. Et ça l'a été aussi à New-York, à l'autre extrémité des Etats-Unis, avec le duo formé par Lyndah McCaskill et Tanisha Michele Morgan, qui s'accaparait quant à lui le terme de bitch, chienne, avec son nom (Bytches With Problems), tout autant qu'avec le titre de son premier album. Or ce disque, le seul qu'elles aient sorti (le second, Life's a Bitch, n'a jamais vu le jour), bien davantage que ceux de leurs consœurs californiennes, avaient été une relative réussite, tant formelle que commerciale.

BWP - The Bytches

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Vu de loin, BWP pouvait apparaître comme une version féminine de 2 Live Crew. La préoccupation principale de ces deux filles, en effet, semblait n'être que le sexe. Plusieurs de leurs titres s'adonnaient à la pornographie, comme le torride "Is The Pussy Still Good?", une relation dans toutes les positions des retrouvailles entre Lyndah et un ancien amant, ou bien "Teach Em", où il était question d'enseigner aux hommes l'art du cunnilingus. Et quand elles changeaient de sujet, c'était pour parler d'autres thèmes polémiques, les armes et le meurtre ("Hit Man"), l'argent ("We Want Money") et le harcèlement policier à l'encontre des Noirs ("Wanted").

Avec leur rap combattif, fleuri et bagarreur, les BWP s'engouffraient dans tous les excès politiquement très incorrects du rap parvenu à son stade ultime, celui qui a fini par le définir : celui de l'ère gangsta. Elles y allaient franco, à grands coup de marteau, comme avec ce "Cotex", où Lyndah s'en prenait avec violence avec sa patronne blanche, qu'elle soupçonnait d'être incommodée par ses menstrues… Et pourtant, The Bytches était plus puissamment féministe que n'importe quel autre disque sorti les mêmes années par des rappeuses jugées plus fréquentables, comme l'indiquaient avec une clarté totale et crue ses toutes premières paroles.

"Salut, salope, comment ça va ?", demandait un homme en introduction. Ce à quoi son interlocutrice rétorquait : "pas mal, enculé, et ta mère la pute ?". Et puis plus tard : "ta mère a la chatte qui pue, elle s'est pas lavé le cul depuis ta naissance, connard". En laissant s'exprimer après la colère de celui dont elle venait d'insulter la mère, la femme interpelée ainsi, Tanisha Michelle en l'occurrence, soulignait deux choses : les contradictions des hommes qui méprisent les femmes mais adorent leur mère, certes ; mais surtout, la nécessité pour la gent féminine de ne pas se laisser faire par ces abrutis. Le morceau qui suivait, "Comin' Back Strapped", était en effet entièrement dédié à détruire les goujats mâles, à les laminer à coup d'injures et de menaces, tout comme "Fuck a Man", qui répondait aux rappeurs gangsta, comme le berger à la bergère (ou plutôt le contraire).

D'autres exemples suivaient. Sur le son old school de "Shit Popper", Lyndah recommandait à une femme battue d'abattre son mec dans son sommeil. Même sur "Is The Pussy Still Good?", où la même semblait s'abandonner à un homme, elle l'envoyait balader une fois rassasiée sa soif de luxure, revendiquant ainsi le droit des femmes à jouir d'un amour qui ne serait que physique. L'idée était la même sur "Two Minute Brother", un morceau contre les amants peu performants au lit. Quant à l'efficace "No Means No", il proclamait avec brutalité, un quart de siècle avant #MeToo, le droit de dire "non" aux garçons trop entreprenants.

Qui plus est, tout cela tabassait sec. Ces rythmes véloces, ces samples funky et ces sonorités urgentes qui étaient de sortie à l'époque de Public Enemy et de N.W.A., faisaient de The Bytches autre chose qu'un document et un jalon historique : c'était un vrai bon disque, qui n'a pas perdu grand-chose de saveur. Même si elles sont retombées dans l'oubli, même si elles jouaient encore d'un style vestimentaire unisexe plutôt que de leurs atours féminins, Lyndah et Tanisha Morgan, ces femmes puissantes qui proclamaient leur droit au plaisir sexuel et qui appréciaient à l'occasion un verre de Hennessy ("Two Minute Brothers"), avaient annoncé le triomphe des Lil' Kim, Foxy Brown et Trina, qui surviendrait avec un éclat et une résonnance plus durables, à l'autre extrémité de la même décennie.

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