FRANKIE STEW & CUTH - Journeys EP

Du trip hop à la drum'n'bass dans les années 90, jusqu'au grime et à M.I.A. au cours de la décennie suivante, l'Angleterre est le pays qui a bâtardisé le hip-hop, celui qui, plus que tout autre, l'a transformé, l'a mixé, en a fait définitivement autre chose, à sa sauce, propre à son contexte et à sa culture. Et pourtant, à côté de tout cela, survit en Grande-Bretagne, depuis toujours, une école plus classique, plus fidèle au boom bap, à la boucle et à l'art du beau sample ; plus respectueuse, en somme, du modèle américain tel qu'il avait été érigé à la fin du XXème siècle.

FRANKIE STEW & CUTH - Journeys EP

Autoproduit :: 2013 :: acheter cet album

Frankie Stew, un rappeur de Brighton, par ailleurs membre du trio Concept of Thought, plus ou moins parrainé par Dirty Dike et auteur dès 2012 de l'album Paid To Lst£n, en compagnie d'Harvey Gunn, n'a pas vraiment connu ce siècle. C'est même à peine s'il y est né. En 2013, l'année où est sorti cet EP commun avec le producteur Cuth, le jeune homme n'avait, en effet, encore que 17 ans. Et pourtant, sur cette seconde sortie, il semble chercher à faire plus que son âge. Pas seulement en s'exprimant sur du hip-hop de vieux, mais aussi en prenant une posture posée, réfléchie et introspective, creusant sur un mode sérieux et poétique les thèmes éminemment adultes du cours de la vie ("Parades"), de la maturité ("Live and Learn"), du deuil ("Post-Mortem", avec Edward Scissortongue), traitant de ses aspirations ("Heaven" avec Booda French) et de ses ambitions ("Patience").

L'esprit anglais est là, cependant, via un accent prononcé dont, dès 1996, The Brotherhood avait exhorté les rappeurs britanniques à être fier ; et aussi via la musique du producteur, ce Cuth également responsable l'année d'avant du EP The Letters, avec Adam the Rapper. Ce n'est pas visible dès les premiers morceaux, où il se contente d'un hip-hop classique et de bon aloi, d'un boom bap aux saveurs soul très familières ("Heaven"), mais plus tard, progressivement, quand on s'avance vers la fin, avec des compositions sans cesse plus calmes, plus travaillées, plus organiques et moins rythmées, imbibées de samples remplis de cordes, de percussions délicates, de flûtes évanescentes et de voix feutrées, qui sentent bon le vieux folk oublié. Avec ces titres, notamment les derniers, comme les très beaux "Live and Learn" et "Post-Modern", se manifeste ce qui a toujours été l'atout majeur de la meilleure musique anglaise, depuis les années 60 au moins : son immédiateté, son aisance mélodique et sa haute teneur nostalgique.

PS : merci à Manu pour m'avoir permis de découvrir cet EP sympa, au détour d'un numéro de sa très pédagogique émission radio Black Mirror.

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