ARTium Recordings / Def Jam :: 2014 :: acheter l'album

Hell Can Wait reprend les choses là où Staples les avaient laissées avec Shyne Coldchain Vol 2 : il peaufine son image de rappeur social. Attention, "social", mais non "conscient". Car plutôt que de se faire donneur de leçons, le rappeur dépeint la rue, ses affres, ses périls et son insouciance, comme celle des personnages que l'on retrouve sur la pochette, indifférents à leur maison qui est en train de brûler.

Ce disque est plus pro, mais aussi plus abrupt et plus menaçant que le précédent. Il revient au temps où le rap hésitait encore entre une certaine forme d'engagement et ses aspérités gangsta, à celui où la vie des gangs était critiquée autant que glorifiée ("65 Hunnid", "Blue Suede"), et où il dénonçait les violences, les vexations et les abus de la police, comme c'est le cas sur "Hands Up", un titre qui prend une résonance particulière dans le contexte américain actuel, avec ces affaires récentes de jeunes Noirs descendus par les hommes en bleu.

Et pour décupler le message, il y a le son, fourni en majorité par le producteur canadien Hagler (ou Hagler Tyrant), qui renoue lui aussi avec toutes les vieilles ficelles que le rap sait employer pour instaurer des atmosphères étouffantes et claustrophobes : minimalisme extrême ("Screen Door"), basses sombres, percussions martiales ("Fire") et surtout, vrombissements et sirènes, sur "Hands Up", le seul titre produit ici par No I.D., et le lourd "Blue Suede", deux plages qui pourraient bien être les plus saillantes de l'EP. Les plus saillantes, mais pas les seules notables, vu que cet Hell Can Wait ne contient pas une minute en trop, pas même celle de "Limos", le passage ici qui ressemble le plus à une concession R&B.