Vince Staples et No I.D., acte 2. Après avoir livré en commun un très bon Shyne Coldchain Vol 2, un peu plus tôt en 2014, le jeune Californien de Long Beach et le beatmaker historique de Chicago, ont poursuivi leur collaboration en apparence contre-nature. Ils ont même passé un palier, vu que Hell Can Wait (que No I.D. parraine plutôt qu'il ne produit) a été cette fois un EP officiel, pas une mixtape, disponible en CD et sorti chez ARTium Recordings, la petite boutique que l'ancien producteur de Common anime au sein du vénérable label Def Jam. Comme il se doit, avec une telle étiquette, ce disque a bénéficié d'une couverture médiatique conséquente et d'une critique globalement bienveillante. Et c'est tout à fait justifié.

VINCE STAPLES - Hell Can Wait

ARTium Recordings / Def Jam :: 2014 :: acheter l'album

Hell Can Wait reprend les choses là où Staples les avaient laissées avec Shyne Coldchain Vol 2 : il peaufine son image de rappeur social. Attention, "social", mais non "conscient". Car plutôt que de se faire donneur de leçons, le rappeur dépeint la rue, ses affres, ses périls et son insouciance, comme celle des personnages que l'on retrouve sur la pochette, indifférents à leur maison qui est en train de brûler.

Ce disque est plus pro, mais aussi plus abrupt et plus menaçant que le précédent. Il revient au temps où le rap hésitait encore entre une certaine forme d'engagement et ses aspérités gangsta, à celui où la vie des gangs était critiquée autant que glorifiée ("65 Hunnid", "Blue Suede"), et où il dénonçait les violences, les vexations et les abus de la police, comme c'est le cas sur "Hands Up", un titre qui prend une résonance particulière dans le contexte américain actuel, avec ces affaires récentes de jeunes Noirs descendus par les hommes en bleu.

Et pour décupler le message, il y a le son, fourni en majorité par le producteur canadien Hagler (ou Hagler Tyrant), qui renoue lui aussi avec toutes les vieilles ficelles que le rap sait employer pour instaurer des atmosphères étouffantes et claustrophobes : minimalisme extrême ("Screen Door"), basses sombres, percussions martiales ("Fire") et surtout, vrombissements et sirènes, sur "Hands Up", le seul titre produit ici par No I.D., et le lourd "Blue Suede", deux plages qui pourraient bien être les plus saillantes de l'EP. Les plus saillantes, mais pas les seules notables, vu que cet Hell Can Wait ne contient pas une minute en trop, pas même celle de "Limos", le passage ici qui ressemble le plus à une concession R&B.