J-ZONE - Pimps don't Pay Taxes

Après deux EPs très prisés dans l'underground, Music for tu Madre (1998) et A Bottle of Whup Ass (2000), le cynique J-Zone avait enfin signé un véritable album en 2001. Sur ce troisième disque, le rappeur et producteur new-yorkais effectuait la synthèse des deux précédents. Il recyclait quelques vieux titres et cultivait une fois encore son personnage de dilettante antipathique et libidineux, secondé comme à son habitude par ses comparses, les rappeurs Huggy Bear et Al-Shid. Chaque titre, tout comme ces interludes disséminés tout au long de l'album, à la manière de Prince Paul, était prétexte à une saynète humoristique qui illustrait l'amoralité, le je-m'en-foutisme et les vices du personnage irascible et malaimable interprété par J-Zone. Dès la fausse interview de "Q&A", le rappeur signalait que le sexe l'intéressait davantage que sa carrière de rappeur, ce qu'il s'employait ensuite à démontrer, dans un mélange truculent de misogynie et d'autodérision.

J-ZONE - Pimps don't Pay Taxes

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Avec "You Block, You Bleed", par exemple, J-Zone se plaignait d'un fan de hip-hop collant et abruti, adepte de beatboxing, qui venait de lui faire perdre un bon coup ("t’as fini de me cracher dessus ! ... Tu casses mon coup : je te saigne !"). Sur "The Trojan War", il se prononçait contre les préservatifs. Plus tard, sur "Old Maid Legal Aid", J-Zone réalisait, effrayé par la perspective de croupir en taule, qu’il avait couché avec une mineure ("mais bon sang, comment j'aurais pu deviner, elle avait le cul de Jennifer Lopez !"). Ailleurs encore, il imaginait avec Huggy Bear une journée où aucun de leurs actes n'aurait de conséquence ("No Consequence").

Rien qu'avec ses paroles vicelardes et effrontées, J-Zone se montrait drôle comme tout. Mais il était aussi, et surtout, un producteur astucieux, avec une patte à lui, faite d'ambiances délicieusement rétro, de beats aux allures de fête foraine (légers samples d'orgue de barbarie, de violons aigres-doux et d'accordéon), et il n'avait pas son pareil pour livrer de petites ritournelles rap accrocheuses et craquantes, à rebours de l'ambiance noire, très funcrusher, de la scène rap indé de l'époque.

C'est sans doute à cause de cela, de cet humour, de ces sons joyeux, mais aussi de ses paroles politiquement incorrects, contraires à celles d'un underground moralisateur alors en croisade contre les rappeurs bling-bling et gangsta, que J-Zone n'a pas su capitaliser sur des critiques pourtant très favorables, et que sa carrière a été ce demi-échec dont il a rendu compte dans son livre de 2011, un Root for the Villain aussi malin, savoureux et injustement méconnu que cet album.

Vos 5 albums / mixtapes 2001

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