TOO $HORT - Life Is... Too Short

Si l’on parle de rap West Coast, et non pas uniquement de rap angelino, c’est que l’autre grande métropole californienne a eu aussi sa part dans la révolution gangsta dont la Côte Ouest a pris la tête. La Baie de San Francisco s’est même distinguée avant Los Angeles, grâce à sa première grande figure, Too $hort. Avec ce dernier, la rupture était même plus radicale qu’avec la joyeuse bande de N.W.A.

TOO $HORT - Life Is... Too Short

Jive :: 1989 :: acheter cet album

Comme tous les révolutionnaires, et en dépit du large succès de son meilleur album, Life Is… Too Short, Too $hort n’a pas tout de suite été compris et accepté par tous. Car avec lui, décidément, nous étions loin des repères établis à New-York. Le flow, tout d’abord, était moins subtil que celui des cousins de la Côte Est. Il était même terriblement mécanique et linéaire. Cependant, cela nous invitait d’autant mieux à goûter des paroles qui, exceptés l’anomalie anti-drogue de "City of Dope" et des ego-trips d’époque à la "Rhymes", se résumaient à trois thèmes : violence, sexe et outrance. Témoin cet épique "CussWords", le titre central de l’album. Entre autres grossièretés, Too $hort apostrophait le président de l’époque, Ronald Reagan, et il imaginait sa femme Nancy en train de lui faire une gâterie.

Les paroles faisaient leur impression, mais elles ne devaient pas masquer l’autre grande rupture, manifeste à partir de cet album. Comme pour offrir un contrepoint à son phrasé monotone, Too $hort l’agrémentait maintenant de beats souples, groovy et nonchalants, d’une musique mélodique comme rarement le hip-hop ne l’avait été. C’était particulièrement le cas sur "Don't Fight the Feelin'", avec la guitare funky de "City of Dope". Ca l'était aussi avant, sur "Oakland", une ode très douce qu’il réservait à sa ville, accompagnée d’une voix féminine, de claviers qui anticipaient le futur g-funk, et d’une rythmique sautillante qui évoquait le reggae. Too $hort aussi, était l’un des premiers à vouloir ralentir le tempo, comme avec un "I Ain't Trippin" pesant, annonciateur du style "chopped & screwed" de Houston.

"Nobody Does it Better", le rappeur intitulait-il un de ses morceaux (peu avant que le D.O.C. ne se décide à en faire autant). Personne ne faisait mieux, évidemment, puisque personne ne faisait pareil. A l’époque, en tout cas. Après, ce sera une toute autre histoire. Ailleurs sur la Baie de San Francisco et en Californie, et enfin dans ce Sud qui nouera des liens étroits avec les artistes d’Oakland, les enfants de Too $hort ne cesseront de se multiplier, on n’aura plus peur de surenchérir dans l’obscénité, d’être aussi machiste que sur "Pimp the Ho", de traiter les femmes de "byatch" et, pour conclure sur une note plus positive, de réconcilier rap et mélodie.

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