TECH N9NE - Everready: The Religion

Tech N9ne, indiscutablement, a toute sa place parmi les fortes personnalités du rap. Tout chez lui est singulier. Son origine, tout d'abord, Kansas City, à l'écart des scènes rap les plus en vue d'Amérique. Son look de cyber rappeur du futur. Sa voix lourde et acerbe. Son flow, également, aussi rapide que le semi-automatique TEC-9 auquel il doit son pseudo. Et puis son goût pour les beats riches, foisonnants et exubérants, et sa capacité à puiser dans tous les genres imaginables, rock, électronique, ou toute bizarrerie qui lui passe sous la main.

TECH N9NE - Everready: The Religion

Strange Music :: 2006 :: acheter cet album

Son sixième album, Everready: The Religion, ne dérogeait pas à la règle. Produit en majeure partie par Seven, c'était à nouveau un repas copieux que nous servait Tech N9ne, une grosse bouffe remplie de titres jusqu'à ras-bord, comptant de nombreux invités, E-40 et Brotha Lynch Hung pour les plus connus, et complété, comme si cela ne suffisait pas, par un CD bonus où il conviait ses protégés de Strange Music. Et ça tirait dans tous les sens. Ca dégainait sans détour de grosses guitares metal, des gerbes de synthé, des scratches sales, des chants brutaux, des percussions industrielles et des sirènes ("Bout ta' Bubble"), du clavecin ("Come Gangsta"), de jolis chants féminins ("My World"). Quelques interludes s'y inséraient, aussi. Et bien sûr, s'y entendaient ces débits archi-rapides par lesquels le rappeur voulait souligner son identité régionale ("Welcome to the Midwest").

Cependant, plus que jamais, il y avait de quoi se sustenter avec ce festin. D'entrée, Tech N9ne marquait des points avec ce furieux "Riot Maker" où il revenait sur son statut de menace publique, convoquant d'emblée des guitares qui tachent et des chœurs de thugs, un titre qui servira plus tard à ouvrir des matchs de catch, pour donner une idée. Plus tard, le rappeur se lançait dans des aboiements similaires avec "My Wife, My Bitch, My Girl", l'impressionnant "Come Gangsta" et "The Beast", des titres à faire passer le "Carmina Burana" de Carl Orff pour une ritournelle pour enfants. Remonté, Tech N9ne rendait aussi quelques comptes à cette industrie qui l'avait longtemps boudé sur "No Can Do" et "This is Me". Ce registre offensif, toutefois, n'était pas le seul. Sur "Night and Day" et le très bon "Caribou Lou", au contraire, le rappeur pouvait se faire hédoniste, ou prendre des cours de musique funky avec Rick Rock et E-40 sur "Jellysickle".

Ecouté bout à bout, Everready: The Religion était à la limite de l'indigeste. Mais ainsi sont faits tous les disques de Tech N9ne. Ce sont de grands banquets, des orgies, où l'on est convié à prendre ou à laisser ce qu'on veut, et où l'on peut revenir autant qu'on le souhaite, sans jamais en sortir autrement que repu.

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