SHABAZZ PALACES - Of Light

C’est l’une des transformations les plus remarquables qu'on ait connue dans l’histoire du hip-hop. A première vue, en effet, les points communs étaient rares entre le jazz rap engagé mais relax de Digable Planets, si typique des années 90, et la musique dure et tarabiscotée, réminiscence du rap dystopique à la Company Flow, que nous a révélée plus récemment Shabazz Palaces. Il s’est pourtant avéré bien vite que la rumeur était juste, et que le Palaceer Lazaro des derniers était bel et bien la même personne que l’Ishmael "Butterfly" Butler des autres.

SHABAZZ PALACES - Of Light

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A bien y penser, cette évolution n'avait cependant rien d'illogique. Les paroles de Digable Planets, en fait, n'ont pas toujours été des plus légères et optimistes. Et des velléités jazz aux tentations expérimentales, il n’y a souvent qu’un pas. Les deux exercices sont d’ailleurs prisés d’une certaine critique, notamment rock, ce qui explique que Shabazz Palaces ait été signé par cette institution indie pop qu’est Sub Pop, l’autre raison étant la relocalisation de Butler dans son Seattle d’origine. Et l'aura du label n'a sans doute pas été pour rien dans l'accueil favorable réservé en 2011 au premier album, Black Up. Les EPs qui avaient précédé ce disque, toutefois, étaient déjà forts solides, notamment cet Of Light considéré, à raison, et toutes proportions gardées, comme le plus accrocheur.

Ce disque commençait fort, avec la boucle insistante d'un prodigieux "Gunbeat Falls", rythmé par le cliquetis menaçant d’une arme, ainsi que par les raps robotiques de Lazaro et d’une acolyte. Et "100 Sph", souligné cette fois par des arpèges féminins possédés, n'était pas moins impressionant. "Hottabatch" était ensuite une sorte de reggae synthétique, tandis qu’un "Chuch" toujours électronique était rythmé par des chœurs semblait-il africains. Puis, au démembré et offensif "Spechol-Analog", répondait l'atmosphérique "Sparkles" et les chœurs éthérés et inquiétants de "N. Splendored". Enfin, "Find Out" se terminait, comme un clin d’œil au passé lointain du rappeur, par un solo de saxo jazz évanescent.

Avec tous ces sons technoïdes et postmodernes pas toujours commodes à avaler, tout cela était indubitablement expérimental et intello. Cependant, en se lançant dans cette aventure tardive, Butterfly ne perdait rien du mordant du meilleur rap. De sa voix rauque, il nous parlait aussi de "guns" et de "bitches". Il ne s’était pas assagi, il était même plus noir et agressif qu’il ne l’avait jamais été, nous prenant à la gorge, faisant de sa métamorphose, une incontestable réussite.

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