SAUL WILLIAMS - The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust

Avant d’être un rappeur, Saul Williams est un poète. Il a fait ses armes au Nuyorican Poets Café, publié des recueils de poèmes et c'est grâce au film Slam, primé au festival de Cannes, qu'il s'est fait un nom. Seulement voilà. Le slam, le spoken word, la poésie, ce sont des exercices différents du rap, qui ne passent pas toujours avec succès l’épreuve du disque. Cela avait déjà été démontré sur Amethyst Rock Star, un premier album porté par la notoriété de Williams, produit par Rick Rubin, et en conséquence très attendu, mais qui s'était montré décevant.

SAUL WILLIAMS - The Inevitable Rise and Liberation of Niggy Tardust

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C'est en fait bien plus tard que Saul Williams sortirait son meilleur disque, The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust, dont le titre référence à David Bowie, la présence aux manettes de Trent Reznor et la distribution en ligne gratuite, à la Radiohead, sentaient à plein nez le concept fumeux. Et de fait, tout cela était un brin surproduit et décousu, se situant à mi-chemin pile entre un rap arty bancal et un rock complaisant, révélant un rappeur slammer qui poussait la chansonnette sur "No One Ever Does" et "Banged and Blown Through", ou qui se lançait dans une relecture improbable du "Sunday Bloody Sunday" de U2.

C'était pourtant le spectre d’un vrai de rap que Saul Wiliams invoquait ici, et pas n'importe lequel. Avec ses paroles urgentes, ses virées afro-futuristes ("Scared Money"), ses interrogations sociales ("Raised to be Lowered") et ses questionnements sur l’identité black ("Niggy Tardust"), c’est à Public Enemy qu’on pensait. Avec les percussions lourdes et hachées de "Black History Month", la musique live et trépidante de "Convict Colony", le refrain heavy metal de "Break" et cette ambiance industrielle permanente, c’est le son terroriste du Bomb Squad que Reznor réactualisait, secondé par quelques expérimentateurs notoires (Thavius Beck, CX KiDTRONiK et Isaiah "Ikey" Owens de Mars Volta). La similitude était même frappante sur l’excellent "Tr(n)igger", qui poussait le vice jusqu’à passer en boucle des paroles de Chuck D, issues de "Welcome to the Terrordome".

Sur la longueur, il faut l’avouer, le plat était difficile à digérer. Mais pour aller avec des titres comme "Skin of a Drum", des déclamations plus que des raps, il fallait autre chose que les boucles rachitiques habituelles. C’était à cette seule condition que le slam de Williams passait enfin, avec brio, l’épreuve difficile du disque.

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