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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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FREESTYLE FELLOWSHIP - Innercity Griots

, 22:49 - Lien permanent

L’uchronie est un sous-genre de la science-fiction qui imagine ce que notre monde serait devenu, si l’histoire des hommes avait pris un tour différent. C’est aussi un exercice que Freestyle Fellowship semble avoir appliqué au hip-hop. Sur ses deux indispensables premiers albums, un To Whom It May Concern visionnaire mais confidentiel, puis un Innercity Griots nettement mieux distribué, le groupe de Los Angeles proposait en effet un rap californien différent, un rap qui avait évolué selon sa logique à lui, comme si le style gangsta local n’avait jamais existé.

FREESTYLE FELLOWSHIP - Innercity Griots

4th & B'way :: 1993 :: acheter cet album

I’m talking about the physical blood that you bleed
I am not talking about no motherfucking gang

Voilà donc ce qu’on nous annonçait d’entrée.

Ce que nous proposaient Aceyalone, Myka 9, Self Jupiter et P.E.A.C.E. n’était cependant pas du rap alternatif à la Native Tongues, mais plutôt une suite logique au hip-hop des premiers jours. Un rap fondé, comme leur nom l’indiquait, sur le freestyle, la virtuosité au micro, la saveur des flows et le plaisir de jongler avec les mots entre amis, celui même qu'ils pratiquaient au Good Life Café. C’était bon esprit, comme au temps de cette old school célébrée sur "Respect Due", mais aussi plus complexe, plus libre et plus versatile. Rien n’était interdit à leurs voix : chants, spoken word, a cappella, scats et raps sur tous tempos. Tout était permis à leur musique, énergique sur "Bullies of the Block", ou flegmatique sur "Six Tray".

C’était très jazz, aussi. Pas jazz rap. Pas jazzy. Non, c'était véritablement jazz. C'était tout en improvisations, imprévisible et ludique, à l’image de ce "Cornbread" acrobatique où le beat était secondaire, de ce "Hot Potato" où les rappeurs inventaient la patate chaude verbale, se refilant des rimes à tour de rôle. Ainsi, également, de cet "Heavyweights" où, sur un ring imaginaire, les intéressés boxaient leurs mots les uns après les autres, pour un long match qui aurait d’autres rounds, sur les albums ultérieurs de la grande fratrie Project Blowed.

Le réalisme social n’était pas totalement étranger au groupe, comme le prouvait une écoute attentive de "Bullies of the Block" et de "Inner City Boundaries", ou ce "Park Bench People" où Myka 9 partageait son expérience d’ex SDF. Mais ce n’était qu’un thème parmi de nombreux autres, potentiellement infinis : les filles, par exemple, sur "Shammy's" ; la weed sur "Mary". Le fond, finalement, importait peu. A force de débiter leurs mots sur tous les modes et, souvent, à une allure hypersonique, on n’en comprenait de toute façon pas toujours le sens. Ce qui comptait, c’était l’adresse de leurs pirouettes linguistiques et la musicalité de leurs vers. Oui, la musicalité. Car c’était ça, le grand mérite de Freestyle Fellowship, la raison pour laquelle, faute de succès, il a été un groupe séminal et hors du temps : plus que tout autre, il a su que le rap était musique et poésie sonore.

PS : c'est malheureusement la version single de "Hot Potato" qui est interprétée dans la vidéo ci-dessous. Pas celle de l'album, qui lui est supérieure.

Vos 5 albums / mixtapes 1993

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Album / Mixtape #01

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